Communication non verbale : au Diem Les Papillons, tous les jeunes peuvent s’exprimer
Communication non verbale : au Diem Les Papillons, tous les jeunes peuvent s’exprimer
Dans le grand bâtiment d’une rue tranquille de la banlieue lyonnaise de Villeurbanne, la lumière miroite sur les portes aux différentes couleurs, selon l’étage, toutes bardées d’objets et d’images. « Ici, aucun des jeunes n’a accès à la parole, mais toutes les occasions sont bonnes pour communiquer, explique d’emblée Jean-Damien Chaillou, adjoint de direction de cet établissement où la communication alternative et améliorée (CAA) est centrale. Nous mettons à leur disposition le maximum d’outils pour leur permettre de saisir un moyen de s’exprimer. » Sur chacune des portes sont accrochés des sonnettes, des pictogrammes, les photos des professionnels intervenant dans la salle, et l’objet référent, indication palpable de l’activité : mini-coussin pour la sieste, ou bâton à picots pour la psycho-motricité.
Un Samu verbal
Au troisième étage, la musique s’échappe de la pièce décorée où Idriss fête son anniversaire. « Tu es content ? », demande un aide-soignant en lui touchant le bras. Idriss, le sourire jusqu’aux oreilles, tourne la tête vers la gauche : « oui ! ». Il ne tournera pas une seule fois la tête à droite pour dire « non » aujourd’hui. Syrine communique elle aussi avec le code « oui-non ». La jeune fille manifeste sa joie à l’arrivée du kinésithérapeuthe, reconnaissable à son objet référent qu’il fait toucher à ses patients. Ce dernier tire de sa ceinture un « Samu verbal », petit carnet de quelques pictogrammes très simples. « Chaque membre du personnel l’a sur lui, précise-t-il. Il permet de communiquer en toutes circonstances avec les jeunes en mesure de l’utiliser. »
Guidées par les deux orthophonistes de la structure, les équipes sont régulièrement formées aux différents modes de communication et observent attentivement les jeunes, et ont à cœur d’échanger entre collègues pour ajuster gestes et outils à chacun.
Sakar, un grand gars en fauteuil, regarde le tableau du mur où le programme de sa journée est symbolisé par des pictogrammes, alignés à côté de sa photo. Il touche un crayon, objet référent de la salle-école où il est attendu. Pour apprendre à ses trois élèves le jour de la semaine, l’enseignante énonce le mot «jeudi» en l’articulant plusieurs fois avec force, le gestue ensuite en langue des signes simplifiée, montre le pictogramme associé, puis une étiquette jaune marquée du jour. Chaque enfant doit ensuite reconnaître le mot parmi d’autres. Sabrine attrape avec ses doigts la bonne étiquette ; Sakar cligne des yeux pour signifier qu’il l’a reconnue; Mouhammed, avec plus de difficulté, réussit à la pointer du regard. Les mêmes modes de communication seront utilisés jusqu’à la fin du cours.
« Les parents réalisent qu’ils ne sont plus seuls à comprendre leur enfant, qu’il peut avoir une vie sociale en dehors de la sphère familiale. »
Une communication par le toucher
Pour Alicia, petite fille sourde de 8 ans, toute la communication passe par le toucher. Son aide médico-éducative appuie doucement, mais longuement, les mains sur ses jambes, pour lui donner un sentiment de sécurité et d’apaisement. La détente de la petite fille est tangible. Un peu plus loin, Tom, fatigué de sa journée, grogne.
Son aide lui tend son « podd », ce classeur de pictogrammes personnalisé qui regroupe différentes thématiques en arborescence, et permet des discussions complexes. Un échange démarre, par pointage d’images interposées. « Réaliser que les outils donnent des résultats change notre regard sur l’enfant et nous pousse à affiner les modes de communication avec lui, au-delà de ses besoins essentiels », commente Jean-Damien Chaillou. « Les parents réalisent de leur côté qu’ils ne sont plus seuls à comprendre leur enfant, que celui-ci peut avoir une vie sociale et être heureux en dehors de la sphère familiale. C’est souvent pour eux un soulagement. »
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