Chroniques

Au bord de l’abîme

Sophie de Coatpont
Publié le   à 10h33
3 min
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Les fêtes de Noël et du Nouvel An riment pour certains avec paix, famille, résolutions, renouveau, espérance…, du moins pour ceux qui ont la chance d’être entourés.

Car pour ceux qui sont dans l’isolement, qu’il soit physique ou mental, ces jours-ci sont souvent des jours de souffrance accentuée par la fête exubérante du monde extérieur.

Je me souviens d’années où le Nouvel An signait un changement numérique, mais pas un changement substantiel. La souffrance était mon pain quotidien.

Je n’étais pas isolée physiquement, mais je me sentais séparée du monde, à l’écart des bien portants.

Je pense en particulier bien sûr à ma longue phase d’hospitalisation en psychiatrie, vers l’âge de 30 ans.

Certes, je n’étais pas isolée physiquement, mais je me sentais séparée du monde, à l’écart des bien portants. Pas seulement parce que j’étais internée, mais aussi dans mon être profond. Je me sentais même séparée des autres patients, car je n’arrivais plus à aller vers les autres. Certains, dans le service, me faisaient peur. J’étais paniquée d’avoir perdu le goût de la vie, et de découvrir que j’avais abîmé mes compétences sociales…

Je me sentais dans un état de survie, vraiment au bord de l’abîme.

J’étais incapable de faire grand-chose – de toute façon, le personnel soignant de nous proposait rien -, mais j’étais pourtant très volontaire.

Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains pour aborder directement le prochain patient qui arriverait dans le service.

La solitude ou le sentiment d’isolement était un supplice, car je me retrouvais seule avec moi-même.

Lorsqu’une jeune femme est entrée, je suis allée vers elle et lui ai demandé son prénom.«Je ne sais pas»,m’a-t-elle répondu. Elle souffrait véritablement d’amnésie. Grâce au talent des médecins et grâce à Dieu, cette femme a retrouvé la mémoire par la suite. A ce moment précis, je me suis sentie tellement stupide: cette anecdote confirmait même le sentiment que j’avais d’être maudite.

Le plus dur est que j’étais ma propre ennemie. La solitude ou le sentiment d’isolement était un supplice, car je me retrouvais seule avec moi-même. J’ai reçu heureusement des visites, parfois surprenantes, de la part de personnes que je ne pensais pas si proches… Ces visites n’étaient pas faciles, car j’étais sombre. Mais elles m’ont aidé sur ce chemin si lent, et jamais terminé, du rétablissement.

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