« Au milieu de toutes ces personnes handicapées, on est comme une grande famille »
Nous avons tout de suite répondu présents à l’invitation du pape François, quand il a ouvert cette année jubilaire de l’espérance. Il défendait la cause des plus vulnérables et souhaitait vraiment que les personnes handicapées prennent leur place au sein de la société et de l’Église.
Ce n’est pas explicitement pour le thème de l’espérance que nous sommes venus mais c’est une vertu qui nous touche et nous fait vibrer. À l’arrivée de Charles, atteint de trisomie 21, on a un pu perdre un peu de cette espérance. C’était difficile de prendre conscience qu’il vivrait toujours avec son handicap. Mais, en même temps, ça a aussi un vrai moteur d’espérance. Il est notre fils unique, que nous avons eu tardivement. Le Seigneur nous a donné cet enfant et c’est un grand bonheur.
Charles nous embarque vers des personnes qui nous semblent a priori repoussantes. Il nous apprend à moins juger.
Charles nous apprend à lâcher prise malgré nos angoisses de parents pour «l’après». Grâce à lui, on vit des choses fortes. Il vit tout avec simplicité, sans filtre. Ce n’est pas que de la naïveté, comme on a tendance à penser avec les personnes qui ont un handicap intellectuel. C’est une forme de bonté. Il entretient par exemple une relation particulière avec les personnes de la rue. Il va spontanément les voir, leur parler. Et eux viennent souvent à lui. Charles nous embarque vers des personnes qui nous semblent a priori repoussantes. Il nous apprend à moins juger.
Il entretient aussi un rapport direct avec Jésus. On l’entend parler avec lui, dans sa prière. Il lui raconte ce qu’il vit, lui demande pardon, le remercie… Charles va bientôt recevoir sa première communion. Il a suivi une préparation sur mesure, avec des religieuses de la communauté de Notre-Dame des Neiges, près de Rennes où nous habitons. Une préparation «classique» ne lui convenait pas. Il fallait une pédagogie adaptée. Mais nous avons conscience que tout le monde n’a pas la chance d’avoir cette possibilité. Pour les personnes handicapées, l’accès aux sacrements est encore un grand défi pour l’Église.
Quand on croise une personne trisomique, on le présente à Charles comme un de ses «cousins» ou «cousine»!
Dans ce jubilé, au milieu de toutes ces personnes handicapées et de leurs proches, on se sent comme une grande famille. D’ailleurs, quand on croise un autre pèlerin trisomique, on le présente à Charles comme un de ses «cousins» ou «cousine»! Ici, plus besoin de paroles. Tout se joue dans les regards. Même si on ne partage pas la même culture, ni la même langue, on se fait proches des uns et des autres. Le handicap rassemble.