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Bioéthique : nous ne sommes pas des pions !

Eric Chouteau
Publié le   à 12h03
3 min
Bioéthique : nous ne sommes pas des pions !

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« Nous ne sommes pas les pions de vos échecs  ». Brandie par des soignants à l’occasion d’une manifestation, cette pancarte m’a fait sourire. Sur un plateau en noir et blanc, des pions glissent, manipulées par une intelligence qui décide pour les personnages. Et là, dans cette manifestation, ces soignants rebiffent : « Nous ne sommes pas des pions ». Finie la manipulation, et encore moins s’il s’agit d’une partie perdue.

Ce slogan m’a projeté dans l’actualité bioéthique, et m’inspire deux exemples. Les médias, les associations de patients, les sociétés de médecins le déplorent : l’accès aux soins pour tous est enéchec en France. Comment ne pas se demander si cet échec ne ferait pas des personnes malades des pions que l’on pourrait orienter vers une« mort administrée »à partir du moment oùl’euthanasie est légalisée ? Comment ne pas craindre cette dérive?

Autre exemple : desÉtats généraux de la bioéthique sont lancés cette année. Sous l’égide du Comitéconsultatif national d’éthique (CCNE), ils sont le préludeàune révision des lois de bioéthique après la prochaineélection présidentielle. Et déjàdes voix s’élèvent, pour demander la légalisation d’une technique plus pointue de sélection des embryons avant une implantation lors d’une Assistance médicaleàla procréation – ou PMA. Cette technique, dite DPI-A, teste et sélectionne davantage les embryons, à la recherche des « anomalies chromosomiques ». Ses promoteurs la présentent comme un moyen de diminuer leséchecs lors de l’implantation d’un embryon chez la femme. En effet, le taux de succès des PMA reste bas, autour de 20% en France. Faceàun risque d’échec, des embryons sont traités, toujours plus, comme des pions.

Dans un téléfilm ancien, un joueur d’échecs avait taillé les pièces en fonction de leur importance, et non de leur rang. Le roi était tout petit, et les pions étaient les pièces les plus grandes. Sur le grand damier de la vie, le plus important n’est pas forcément ce qu’on voit au premier regard. J’affectionne cette phrase du philosophe Emmanuel Lévinas : « L’éthique est une optique. » L’éthique commence par ma façon de regarder l’autre. Pion ou alter ego, c’est-à-dire un « autre moi-même » ? Quelqu’un qui sollicite mon regard bienveillant, pour ne pas le réduire en objet.

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