Chroniques

Ces technocrates en cravate 

Sophie de Coatpont
Publié le   à 16h28
3 min
Ces technocrates en cravate 

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J’ai rarement senti, dans tout mon être, une telle urgence et importance à se mobiliser contre une proposition de loi. Je veux parler de celle relative à l’euthanasie et au suicide assisté, appelée cyniquement:«aide active à mourir.»

Je pourrais parler d’une urgence… vitale, à agir, à m’exprimer sur le sujet… car je me sens concernée d’une part, et aussi parce que j’ai remarqué que beaucoup de partisans de cette loi ne l’ont pas lu…

En effet, ce texte adopté en première lecture à l’Assemblée nationale est le plus permissif au monde. Et malgré la valeur que je voue au libre-arbitre, à la distinction de mon pays dans le concert des nations, j’estime que ce record, sonnerait le glas de la France comme pays des Droits de l’Homme.

Parmi les nombreuses dispositions de ce texte – éclairées par le rejet de certains amendements bien spécifiques – figure le fameux «délit d’entrave.» Non seulement le fait d’inciterà l’euthanasie ou au suicide assisté ne serait pas réprimé, mais, serait répréhensible pénalement le fait d’empêcher ou de dissuader une personne de se donner la mort dans ce protocole, ou de demander la mort…

Et là, je suis ahurie car j’exerce un métier en psychiatrie qui englobe le fait de susciterl’espoirpar principe et dans toutes les situations envers les personnes que nous accompagnons. Mais aussi de se former à la prévention du suicide, en équipe pluridisciplinaire.

Car la vie est la valeur suprême dans nos missions. Sans la vie humaine, à quoi servent encore nos valeurs?

Deux ansd’emprisonnement et 30000 euros d’amende serait le nouveau traitement des personnes porteuses d’espoir?

Deux ans, c’est aussi la durée des pulsions suicidaires quotidiennes que j’ai vécues après être «redescendue» de ma longue phase maniaque…dont une année hospitalisée en psychiatrie à l’âge de 31 ans.

Heureusement qu’à cette époque, un poids économique, un poids idéologique et le poids d’une loi ne pesaient pas en plus sur mes épaules… et que des personnes ont pu m’encourager et m’accompagner sans crainte d’être emprisonnées…

Je préfère ma folie créatrice, souvent mystique et parfois douloureuse, au cynisme froid et brutal des technocrates en cravates qui nous dessinent un avenir pareil…

Sophie de Coatpont, atteinte de bipolarité, se destine à être médiatrice de santé paire en psychiatrie. Elle suit actuellement une licence professionnelle à l’université et travaille dans une association à temps partiel, où elle apprend à accompagner des adultes avec un handicap psychique. Avec ses mots qui frappent sans jamais abîmer, trempés dans sa foi et sa soif de vivre, Sophie de Coatpont traverse le fil précaire de l’existence, en quête d’équilibre.

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