Chroniques

Ceux qui comptent

Cécile Gandon
Publié le   à 15h35
2 min
Ceux qui comptent

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« Quand j’étais enfant, c’était toujours à moi de compter quand on jouait à cache-cache avec mes cousins, sous prétexte que j’étais la plus jeune. Un jour, j’ai compté, ils sont tous partis se cacher, mais moi j’en ai eu marre. Je les ai tout simplement plantés là, et je suis allée tranquillement prendre mon goûter à la cuisine. Je suis tombée sur ma grand-mère qui m’a dit: «Tu as bien raison!» Mes cousins étaient furieux mais nous, on a bien ri!»

C’est la maman d’un enfant handicapé qui me raconte cette histoire, l’œil pétillant. Visiblement cette bonne farce lui fait encore du bien, des années après.

À moi aussi, elle me fait du bien. C’est si bon parfois de s’affranchir des cases dans lesquels on voudrait nous mettre.

Quand on porte un handicap ces cases sont nombreuses. En particulier la case des «plus fragiles».

En écoutant Marie-Caroline Schürr ou Louis Bouffard, qui portent des handicaps, donner leur témoignage puissant à l’occasion du vote de la loi sur la fin de vie, j’ai une nouvelle fois mesuré combien les classifications humaines pouvaient être illusoires. Non, la fragilité n’est pas où l’on croit. La vraie force non plus, quoi qu’on en dise.

Le récit facétieux de cette maman, la prise de parole courageuse de Louis, Marie-Caroline et d’autres, sont pour moi, à des niveaux très différents bien sûr, une invitation à la liberté intérieure. Est-ce que je me laisse enfermer dans une case? Est-ce que j’enferme l’autre dans un rôle qui me rassure peut-être, mais qui ne tient pas compte de toute la réalité? Ou bien est ce que je laisse la vie me surprendre dans ce qu’elle a de mystérieux et de puissant?

Les questions sont posées.

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