Chroniques

Dangereuse culpabilité

Sophie de Coatpont
Publié le   à 16h30
3 min
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Pendant mes années de grisaille intérieure, j’entendais souvent des conseils ou des injonctions à faire ceci ou cela pour aller mieux, pour « m’en sortir » … Et je désespérais un peu plus. J’y trouvais des raisons de culpabiliser davantage, moi qui étais déjà championne de cette torture mentale-là. En effet, s’il suffisait de faire ceci ou cela pour se rétablir et que je ne l’appliquais pas, c’était bien la preuve que j’étais vraiment nulle. Ou coupable de quelque chose. La foi même – du moins ce que je croyais en savoir –, se retournait contre moi.

Mes ressassements religieux m’enfermaient dans une introspection continue à la recherche du péché, qui aurait expliqué l’ensemble de mes souffrances. Je rêvais de pouvoir le trouver et de le dire lors de ma prochaine confession. Alors, j’en aurais été délivrée et j’aurais pu en témoigner: cela aurait permis d’expliquer l’ensemble de mon parcours… Comme si le péché était, a priori, le principe de ma vie entière.

Je retournais aussi ma colère contre moi, en m’assénant des «coups psychologiques» car je me sentais toujours coupable, d’une culpabilité diffuse. Je me sentais coupable de mes moindres pensées et de mes gestes. Je me sentais coupable de tout, tout le temps. Ces pensées me paralysaient.

En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jn, 9 ; 1-2)

Par expérience, je sais que, mêmes bons dans l’absolu, certains conseils spirituels peuvent nuire, dans certaines circonstances. Autrement dit, il y a la vérité dans l’Amour du Christ et il y a la lucidité sans amour: qui correspond souvent à ce que se dit déjà la personne en souffrance psychique. Attention à ne pas confirmer par des paroles, un sentiment de culpabilité morbide. Et il y a une temporalité pour révéler des vérités que l’on ne peut pas toujours porter, comme le dit Jésus.

Jésus répondit: «Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.» (Jn 9; 3)

Jésus n’est pas venu écraser ou culpabiliser mais relever. Cela ne signifie pas que la culpabilité ne soit pas importante à assumer ou bien que les maladies psychiques empêcheraient toute faute morale. De même, le sacrement de réconciliation est un lieu de conversion et de guérison incroyables. Mais je crois fondamental de s’intéresser au monologue intérieur de personnes accablées par le sentiment de culpabilité, pour ne pas risquer de fausser totalement le sacrement et l’effet de nos conseils. Pour que la Parole de Dieu se fraie un chemin sûr dans le cœur des personnes accompagnées, et que les œuvres de Dieu soient manifestées.

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