Chroniques Points de vue

Dieu, le monstre psychotique et moi

Sophie de Coatpont
Publié le   à 10h55
3 min
Dieu, le monstre psychotique et moi

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La vie des croyants comporte un sacré défi en soi : vivre dans un monde visible et croire en un monde invisible- non seulement réel, mais interventionniste. Mais la difficulté est décuplée lorsque l’on est croyant et sujet à des symptômes psychotiques!Cela a été mon cas.

Comment pouvais-je faire la différence entre mes croyances délirantes et de réelles grâces de Dieu, qui auraient pu être sensibles et parfois mystiques ? C’était très difficile, car le délire utilisait tout pour se justifier : Tout devenait signe de tout. La causalité sous toutes ses formes devenait mon terrain de jeu…

Je pensais que pour bon nombre de psychiatres, les phénomènes surnaturels n’existaient pas, et que toute manifestation proclamée « divine » était suspecte… C’est là que tout se compliquait : comment, en effet, parler de ma vie intérieure à un médecin spécialiste avec lequel je ne partageais pas la même vision du monde? Comment avouer ce que je vivais « d’extraordinaire » à quelqu’un dont je pensais qu’il mettrait cela a priori sur le compte d’une maladiementale?

C’est exactement pour cette raison que je ne parlais pas de mes prétendues « grâces mystiques » avec mon psychiatre. J’avais conscience que ce que je croyais était fou, mais je le croyais vrai… Je me souviens avoir pensé que Dieu lui enverrait des signes pour qu’il comprenne la situation et j’attendais avec impatience ce divin dévoilement – qui n’est bien sûr jamais venu !

Alors, à qui pouvais-je confier ces faveurs divines?

J’ai toujours confié mes idées délirantes à des prêtres accompagnateurs, dans un souci de transparence, et même dans une représentation « mystique » de l’obéissance. Mais je n’ai pas trouvé en eux le discernement suffisamment fin, qui m’aurait protégée… Par manque de formation de leur part, pour des raisons que j’ignore, je n’ai pas été orientée dès mes premières confidences vers les services appropriés.

C’est pourquoi j’encourage les prêtres, religieux, laïcs engagés et toute personne en situation d’accompagnement à se former en matière de santé mentale, à lire, à écouter, bref, à ne pas se soustraire à leurs responsabilités. Les dégâts peuvent être immenses et parfois irrémédiables.

« Quant à nous autres, personnes avec un handicap psychique, je veux nous rappeler que le silence peut laisser grandir le monstre psychotique en nous, tandis que la parole le met en lumière. »

Si des idées délirantes me passaient par la tête aujourd’hui, je parlerais à mon accompagnatrice qui a un très bon discernement, qui est prudente et qui s’est même formée aux « premiers secours en santé mentale » Mais je parlerais aussi et surtout à mon psychiatre, avec qui j’ai une relation de confiance et qui a une ouverture à ma croyance religieuse.

Quant à nous autres, personnes avec un handicap psychique, je veux nous rappeler que le silence peut laisser grandir le monstre psychotique en nous, tandis que la parole le met en lumière. Il est décisif de partager ses idées délirantes et ses peurs secrètes pour pouvoir comparer notre monde intérieur au réel.

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