Comment s’engager dans sa paroisse ?

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Comment s’engager dans sa paroisse ?

Une paroisse a pour vocation première d’être une communauté où chaque baptisé s’engage en fonction de ses charismes et de ses possibilités. Comment un laïc peut-il pleinement s’investir dans les différents services, quel que soit son handicap ?
Caroline de La Goutte
Publié le   à 15h02
7 min
Comment s’engager dans sa paroisse ?
© Cathy Karsenty.

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1 – Une intégration encore trop timide

Même si l’inclusion des personnes handicapées au sein des communautés paroissiales progresse, leur présence active dans les différentes missions est encore loin d’être évidente. Certaines se voient ignorer ou rejeter – c’est le cas de Charlène: « Comme je suis épileptique et asthmatique, je ne peux participer à aucun groupe ni aux événements paroissiaux. Les prêtres et laïcs de ma paroisse me refusent ». D’autres n’osent pas se porter volontaires. « J’aimerais être catéchiste auprès d’enfants, mais je me demande si je serai à la hauteur parce que ma timidité me bloque encore, partage Antoine, après un parcours psychiatrique. J’ai encore peur d’aller vers les autres, et donc vers le responsable des catéchistes. Je crains d’être jugé. »

2 – Ce besoin d’exister

Souvent, le handicap isole. Or, comme pour tout être humain, la personne avec un handicap est faite pour la relation et le don de soi. Sandrine, atteinte du syndrome de Diogène, en exprime l’importance : « Les activités paroissiales à Nancy me font exister, elles me raccrochent à la vie. Je participe aux réunions mensuelles de l’équipe diaconie, et les personnes de la rue me touchent beaucoup.» D’autant qu’elle sait ce que c’est que de ne plus avoir de logement. La mère de Fabien, membre de la Fraternité Saint André-Hubert Fournet du diocèse de Poitiers (voir p.37), affirme de son côté que la place active de son fils dans l’Église entraîne pour lui « une vraie reconnaissance sociale ».

3 – De la prévenance à la mission

Plus les personnes trouveront leur place grâce à un accueil bienveillant, à la hauteur du Christ dans l’Évangile, plus elles s’investiront. « J’ai une polyarthrite rhumatoïde très inflammatoire avec beaucoup de séquelles – des prothèses au bassin et aux genoux et des mains très abîmées, explique Juliette. J’anime les messes une fois par mois dans une paroisse parisienne, et cette mission me vivifie. » Très progressivement, la jeune femme a appris à ne plus avoir honte de ses mains blessées. « Je dois cette acceptation à la prévenance et à la bienveillance d’un chef de chœur, du sacristain, des prêtres et de paroissiens qui me remercient à la fin de la messe ». L’engagement naît le plus souvent de la qualité de cet accueil authentiquement « chrétien ».


TEMOIGNAGES

Véronique, aveugle de naissance : « J’ai été touchée qu’on me fasse confiance »

«Je n’allais plus à l’église quand une amie m’a proposé d’animer à l’orgue les messes dominicales, à Cholet. La paroisse m’a offert des stages « Musique et liturgie » pour bien comprendre le sens et le déroulement de la messe. Peu à peu, j’ai retrouvé la foi.

Je me suis encore plus intégrée dans ma paroisse, et j’ai accepté de faire partie, avec des personnes de sensibilités différentes, de l’équipe d’animation pastorale (groupe de chrétiens mandatés par l’évêque pour apporter son concours à l’exercice de la charge du curé, ndlr).

J’ai été touchée qu’on me fasse de nouveau confiance : j’avais ainsi vraiment ma place dans cette communauté. Il n’est pas toujours facile pour les paroisses d’intégrer les personnes handicapées. Certaines, par exemple, ne savent pas lire. Je rappelle à l’équipe combien c’est important de simplifier les feuilles et d’être attentif aux personnes qui n’osent pas demander de l’aide pour venir à la messe. »


Carmen, Veuve, avec une fragilité psychique : « Rendre des petits services, c’est ma vie »

«Je m’investis dans ma paroisse à ma manière, en rendant des petits services, sans mission explicite. C’est ma vie. Je ne peux pas travailler, ni me remarier, parce que je suis fragile. Servir est un moyen de sortir de mon lit le matin. Chaque semaine, pour soulager l’équipe de fleurissement, je remplis les bouteilles d’eau que j’apporte avec mon caddie, parce qu’il n’y a pas d’eau dans l’église. En plus d’être fidèle aux Laudes et au chapelet pour les malades, j’ai intégré l’équipe de pliage de la feuille d’information paroissiale, et je vais déposer quelques exemplaires chez trois commerçants que je côtoie. Je porte la communion à des personnes âgées d’une maison de retraite. Le jeudi, je suis sacristine pour la messe de l’aumônerie de l’hôpital voisin… C’est le bon Dieu qui fait mon jardin. Je n’ai plus qu’à cueillir des feuillages que je complète avec quelques fleurs. La paroisse est un peu une seconde famille, mais je fais en sorte de ne pas être trop encombrante.»


L’OEIL DE L EXPERT

« Ils nous déplacent dans nos certitudes »

Anne de Vergnette, responsable nationale de la Pastorale des personnes handicapées, exhorte à leur engagement réel dans les paroisses.

Les personnes handicapées ont soif de relations et de se rendre utiles. La paroisse n’est-elle pas le lieu idéal pour cela ?

Oui, bien sûr, mais avant de leur confier une mission adaptée à leurs capacités, il faut d’abord les intégrer pleinement à la vie de la communauté. Cette intégration passe par une relation de proximité, qui permettra ensuite de discerner avec elles leur engagement. Dans le diocèse de Lyon, la réflexion que nous menons porte justement sur l’accueil de chacun, avec ses fragilités. La transformation des paroisses exige un changement de regard, et donc une véritable formation au handicap des prêtres et des équipes pastorales.

Certaines missions sont-elles particulièrement adaptées aux personnes avec un handicap mental ?

Ces personnes ont toute leur place dans les célébrations liturgiques, auxquelles elles sont souvent très attachées. Selon leurs capacités, elles peuvent porter les intentions de prière, servir à l’autel, prendre part à la quête ou à l’accueil des fidèles à l’entrée de l’église… Cela suppose de prendre le temps de les préparer. Les personnes handicapées connaissent souvent, par expérience, la solitude et le rejet. Elles savent apporter une présence attentive, en particulier aux personnes isolées dans les services de solidarité. Certaines peuvent rejoindre une équipe d’éveil à la foi. Beaucoup possèdent une grande simplicité et une capacité à rejoindre les enfants avec naturel.

Qu’apportent-elles précisément à la communauté paroissiale ?

Leur témoignage de foi est d’une richesse extraordinaire. J’ai récemment assisté à la confirmation de neuf jeunes adultes fragiles, dans la paroisse de Tarare, dans le Rhône. J’ai été profondément touchée par la manière dont ils parlaient de leur relation aux trois personnes de la Trinité et par leur désir de s’engager dans leur paroisse. Leur témoignage mérite d’être entendu par toute l’Église. Ils nous interpellent et nous déplacent dans nos certitudes.


Initiative : Des veilleurs handicap !

Leur mission consiste à repérer les personnes handicapées et leurs familles, à identifier leurs besoins et à les inclure dans la communauté locale. Ils sont présents dans les diocèses de Paris, de Versailles et de Nantes.

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