Être handicapé et bénévole
« Le bénévolat m’aide à ne pas retomber dans la dépression »
« Je suis suivi par Espoir 54 depuis que j’ai fait une grosse dépression. Rechercher un emploi – j’étais magasinier – me demande encore trop d’efforts. L’association m’a alors proposé de rejoindre le dispositif Bénévoles Intérim’. J’ai choisi comme mission d’aller visiter, avec d’autres, les personnes âgées d’un Ehpad à Nancy, une fois par semaine. Nous faisons en sorte de nous adapter à leurs besoins. Nous leur proposons « nos bras » pour les aider à se déplacer, nos « yeux » pour la lecture et des jeux pour les divertir (scrabble, loto, jeux de société…).
Ce bénévolat me plaît. Cela m’occupe, je me sens utile, et surtout cela m’aide à ne pas retomber dans une dépression, car rester chez moi à tourner en rond n’est pas très bon… Je ne suis pas très « contact » de nature, mais apporter un réconfort moral aux personnes âgées et me savoir accueilli par elles, est très valorisant pour moi. Nos relations sont simples, je n’ai rien à leur prouver. J’ai juste à être moi-même. Je fais tout pour tenir mon engagement, mais si je suis vraiment très fatigué, je ne vais pas à l’Ehpad. Je n’ai pas la contrainte de l’emploi, l’obligation de résultat.
J’ai été magasinier, animateur de radio. Aujourd’hui, je n’exclus pas de me réorienter un jour dans l’animation en Ehpad. à voir… »
Nicolas, 44 ans
Associations
• Benenova : l’association propose des missions locales, courtes (de 1 à 4 heures), ponctuelles, collectives, sans compétences particulières et ouvertes à toute personne en situation de handicap mental ou psychique. Implantations à Paris, Lille, Angers, Nantes, Rennes.
• Push : service belge, localisé à Bruxelles, venant en aide aux personnes avec un handicap pour définir et construire leur projet de bénévolat.
« Le bénévolat me permet de me sentir utile »
«Je suis infirme moteur cérébral de naissance et habite dans une maison partagée de Simon de Cyrène, à Angers. Je me déplace en fauteuil électrique. Je n’ai jamais pu travailler, si bien que le bénévolat tient une place importante dans ma vie, notamment pour me sentir utile. à l’âge de 16 ans, j’ai fait une rencontre magnifique avec Dieu qui m’a libéré de la comparaison. Et grâce à sainte Thérèse, j’ai compris que je pouvais faire beaucoup de petites choses par amour. Alors, ce que j’avais reçu du Seigneur, j’ai voulu le donner aux autres. C’est ainsi que je me suis engagé dans La fraternité des malades et au sein de ma paroisse en Alsace.
Puis j’ai fait de la catéchèse pour les confirmants, et ensuite à Angers j’ai proposé mon aide dans un parcours Alpha. J’ai aussi été bénévole à Fondacio, dans l’équipe d’animation des camps chantier pour ados et jeunes adultes. Aujourd’hui, je fais partie de l’équipe qui accompagne les catéchumènes vers le baptême. Comme je parle lentement, avec des difficultés d’élocution, les personnes sont tout d’abord déstabilisées, puis deviennent très attentives à ce que je dis. Je ne crains pas de parler de mon handicap. Petit à petit, au cours de nos échanges, la confiance s’installe. C’est alors que les personnes expriment à leur tour leurs limites et leurs fragilités. Elles sentent que l’on fait partie d’un même peuple qui chemine ensemble. Ça les aide à s’ouvrir à la différence et à être attentives aux personnes fragiles.
Angelo, 66 ans

« Il faut sensibiliser les associations au handicap »
Véronique Dussaix est présidente de France Bénévolat Yvelines et coordinatrice du programme Handi Cap Engagement. Sensibilisée au handicap, surtout depuis la naissance de son fils sourd, elle a à cœur de contribuer, par le bénévolat, à rendre la société plus solidaire et inclusive.
Quelle est l’origine du programme Handi Cap Engagement ?
France Bénévolat a toujours promu le bénévolat pour tous. Il y a cinq ans, nous avons réalisé une étude-action sur la place des bénévoles handicapés au sein des associations. Les résultats de l’enquête ont fait ressortir que la plupart des associations accueillantes étaient spécialisées handicap et que spontanément les associations raisonnaient en bénévolat pour les personnes handicapées et non par les personnes handicapées. Pour répondre à une demande croissante de la part des institutions d’accès au bénévolat, France Bénévolat a mis en place Handi Cap Engagement.
Comment faciliter le bénévolat des personnes handicapées ?
Je pense qu’il faut commencer par leur proposer des missions opérationnelles faciles et ponctuelles, qui ne demandent pas d’adaptation spécifique, comme les collectes alimentaires, ou la participation à un événement sportif en distribuant les brassards par exemple. Mais c’est difficile de généraliser. Le recrutement se fait au cas par cas, comme pour les entreprises ! Tout dépend de la personne qui va engager les bénévoles ; parfois il y a un accord au niveau du responsable du recrutement des bénévoles, mais c’est l’équipe qui refuse : «On n’a pas le temps, on n’a pas la place… ». Nous retrouvons les mêmes freins que dans l’entreprise. Il y a donc un travail à faire auprès des associations pour les sensibiliser au handicap. Notre société a encore une vision caricaturale du handicap. Or la personne avec un handicap a une richesse à apporter à une équipe. Ce sont des personnes le plus souvent fiables, avec beaucoup d’enthousiasme. Peu sollicitées, elles sont heureuses de pouvoir se rendre utiles. Découvrir leur résilience, leur combativité, leur force de vie est un plus pour une équipe. Les personnes handicapées nous apprennent beaucoup sur nous, nos faiblesses, nos difficultés, nos peurs.
Quels sont les points de vigilance à avoir pour éviter l’échec ?
Je recommande toujours aux personnes qui veulent faire du bénévolat de trouver une mission proche de chez elles, de la choisir en fonction de leurs goûts, du public et du domaine d’action pour lesquels elles ont de l’appétence. Avant toute mission, les associations doivent amener le futur bénévole à exprimer ses motivations, ses envies, ses talents, ses disponibilités, mais aussi son degré d’autonomie, les contraintes qu’il a et qui pourraient le mettre en échec. Être le plus possible dans la transparence est la condition de réussite. Une action bénévole, c’est aussi accepter de s’insérer dans une structure avec un cadre, des règles et une organisation…
J’encourage l’innovation. Pourquoi ne pas proposer, par exemple, à la personne d’être accompagnée à ses débuts? J’ai reçu une femme avec des troubles psychiques que la nouveauté angoissait. On lui a alors trouvé un accompagnement les premiers jours de son bénévolat. Cela l’a rassurée ainsi que l’association accueillante. Inviter l’association à un petit suivi personnalisé permet de se rendre compte si la personne se sent bien, s’épanouit dans sa mission, si l’équipe lui fait confiance, si elle peut évoluer…
Pour en savoir plus : OL N°247 (mai, juin 2022)