Culture

« Fanon », un film sur le printemps noir de la psychiatrie

Ce long-métrage tout en tension met en pleine lumière le combat d'une figure méconnue de la psychiatrie, Frantz Fanon. Ce médecin antillais engagé dans la lutte anti-coloniale, au cours de la guerre d'Algérie, bataillait aussi pour les droits des patients à être traités dignement.
Marilyne Chaumont
Publié le   à 19h11
3 min
« Fanon », un film sur le printemps noir de la psychiatrie

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L’hôpital psychiatrique de Blida, en Algérie, porte aujourd’hui son nom. Peu de Français connaissent le nom de ce psychiatre qui, au cours de la guerre d’indépendance, avait fini par renoncer de lui-même à sa nationalité française pour épouser celle du peuple algérien en révolte. C’est dans cet hôpital de l’est algérien que s’ancre la majeure partie de ce film qui déroule, tout en tension, le destin de Frantz Fanon: né en Martinique, élève d’Aimé Césaire, ce psychiatre prend fait et cause pour la décolonisation, mais aussi pour l’humanisation de la clinique. La prise de poste à l’hôpital de Fanon, interprété par Alexandre Bouyer, provoque la conscience du spectateur par une scène dantesque, quand le médecin délivre de leurs chaînes les patients algériens, terrés dans le noir. A cette époque, et le film en rend compte, l’École algérienne de psychiatrie nourrissait les thèses racistes d’Antoine Porot : «Hâbleur, menteur, voleur et fainéant, le Nord-Africain musulman se définit comme un débile hystérique, sujet, de surcroît, à des impulsions homicides imprévisibles».

Ce psychiatre prend fait et cause pour la décolonisation, mais aussi pour l’humanisation de la clinique.

Politique et sociale, les deux luttes s’entremêlent et tiennent en haleine, de bout en bout: ce film au climat lourd, mais prenant, dépeint puissamment l’engagement anticolonialiste de Frantz Fanon, sa proximité avec les tenants de la révolution, mais aussi sa vision d’un métier au service de la dignité des patients -on le voit mettre peu à peu en place, malgré l’opposition et le mépris des autorités, une psychothérapie institutionnelle, -un terrain de football, un potager, une buvette, de la peinture…

Parfois épuisé par le manque de soutien, malmené par l’institution comme par l’armée, Frantz Fanon semble poursuivre un destin proche d’un sacerdoce -non pas le fusil à l’épaule, mais l’écriture militante en guise de scalpel, comme Césaire son ancien maître. Le réalisateur guadeloupéen Jean-Claude Barny dit avoir tenu à « faire du beau cinéma destiné au très grand public » tout en lui donnant « une conscience ». Il y a réussi.

Film de Jean-Claude Barny avec Alexandre Bouyer, Déborah Bouyer, Déborah François

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