Débats Points de vue

Fin de vie : deux députés s’indignent après le vote

Les députés ont voté majoritairement en faveur du suicide assisté et d'une exception d'euthanasie ce mercredi 25 février. Deux d'entre eux, le socialiste Dominique Potier et le républicain Philippe Juvin, ont réagi vivement à l'issue du vote, contraire à l'éthique de la vulnérabilité selon eux.
Marilyne Chaumont
Publié le   à 18h36
4 min
Fin de vie : deux députés s’indignent après le vote
Au Palais Bourbon, le député socialiste Dominique Potier, à l'issue du vote sur le droit à l'aide à mourir auquel il s'est opposé.

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Dominique Potier : « La révolte des éligibles a compté dans le débat »

« C’est incompréhensible. La quasi unanimité de la gauche vient de voter en faveur de la loi, alors qu’être de gauche, c’est justement faire une priorité absolue de l’éthique de la vulnérabilité et le souci d’un commun pour la société. Cet absolutisme de la notion de liberté dans la bouche de la gauche ne cesse de m’interpeller. Mes confrères sont comme hypnotisés.
Malgré tout, je note que près d’une trentaine de députés de plus se sont opposés au texte, en comparaison du vote au printemps dernier. Ce n’est pas rien. Pour moi, s’il y a eu un phénomène nouveau entre la première et la deuxième lecture du texte, c’est la montée des éligibles. Leur mobilisation a changé la donne. Ils se sont opposés au nom de leur statut d’éligible à la loi, et non d’une idéologie. Et cette révolte a compté dans le débat. Il manque encore celle des périphéries sociales, qui n’auront pas accès aux soins palliatifs et seront comme abandonnées. 500 personnes meurent chaque jour sans y avoir accès.

Cette loi qui autorise le suicide assisté et l’euthanasie est une fiction bourgeoise. Ceux qui l’ont voté donnent un pouvoir, lèvent un interdit, qui convoque l’État et la société entière. Et les prétendus verrous sont de papiers. La moindre des choses aurait été d’écouter l’expérience québécoise. Cette loi pétrie de novlangue s’est appuyée sur la force militante de l’ADMD (Association pour l’aide à mourir dans la dignité), qui est une vraie machine de guerre. Elle a aussi été poussée par des relais dans l’opinion, à travers la parole des élites. Ces élites qui, d’un même cœur, parlaient aux Français d’un progrès ultime. Ces élites pour qui le suicide assisté est un horizon souhaitable, et même le nec plus ultra. C’est une pensée dominante qui s’est exprimée médiatiquement.

Malgré le résultat du vote de ce mercredi, si on fait le compte des abstentions et de la montée des « contre », l’espoir n’est pas perdu. Près de la moitié du Parlement n’est pas à l’aise ou opposé à ce texte. Et chez certains, le regard s’est décillé. »


Philippe Juvin : « Je continuerai de pointer du doigt toutes les incohérences de ce texte »

« Cette loi signe un bouleversement de notre ordre moral et politique. Mais en dépit de ce vote favorable, le débat parlementaire n’est pas terminé. Nous voyons quand même que 27 voix supplémentaires se sont opposées au texte. J’ai pointé du doigt, et je continuerai à le faire, toutes les incohérences de ce texte, de cet encadrement avec soi-disant des critères stricts, alors qu’ils ne le sont pas. Toutes les demandes d’euthanasie que j’ai reçues en tant que médecin ont disparu, parce qu’on apportait une réponse aux patients. Il existe des réponses à apporter aux familles face à la souffrance.

Margaret Thatcher disait : « Il n’y a pas de société, il n’y a que des individus », mais je ne suis pas d’accord ! On sait à quoi ce raisonnement libéral mène : au Canada, l’expérience a montré que les plus pauvres ont recours à cette mort par défaut. La liberté totale n’existe pas. En marge du débat, une personne avec un handicap lourd m’a dit : « Je dois me battre tous les jours pour avoir une raison de vivre. » C’est comme si elle avait un pistolet chargé sur la table, et qu’elle était libre de l’utiliser ou pas. Et ce texte prétend protéger les plus vulnérables ? La procédure a été expéditive, mais je ne perds pas espoir. L’écart se ressert, et il reste au Sénat à faire son travail de législateur. »

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