Débats Points de vue

Francine Maragliano : « Évreux est un laboratoire terrain de l’accessibilité »

Francine Maragliano, élue en charge du handicap à Évreux, présidente d'une association de traumatisés crâniens, et fondatrice de l'Agence nationale des élus du handicap, revient sur les projets qui fonctionnent. Après deux mandats dans sa ville, elle en brigue un troisième, jamais à court d'idées.
Emmanuelle Ollivry
Publié le   à 10h15
4 min
Francine Maragliano : « Évreux est un laboratoire terrain de l’accessibilité »

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La dernière grande loi française sur l’accessibilité date de 2005. Est-ce toujours un sujet d’actualité ?

Plus que jamais. Travailler sur l’accessibilité prépare notre territoire au vieillissement de la population. Cette loi, très ambitieuse, a permis de vrais progrès dans l’emploi et les transports, mais le chantier reste énorme.Et àl’échelle européenne, il n’existe toujours pas d’harmonisation des normes. Ça me désole qu’une personne non-voyante, par exemple, doive tout repenser lorsqu’elle voyage à l’étranger!

En France, quels freins demeurent ?

L’accessibilité est désormais prise en compte dans les politiques publiques, mais sur fond de raréfaction des finances, il y a toujours des priorités sur les priorités. S’il faut soudain refaire les canalisations d’eau parce que les matériaux sont devenus toxiques pour l’homme, votre projet accessibilité passera au second plan. Il suffit de voir ce que Paris a fait pour les Jeux Olympiques de 2024: les dix-sept quartiers d’accessibilité augmentée ont fait un flop. Ils n’étaient pas assez aboutis.

Il manque également une connaissance mutuelle des handicaps. Pour beaucoup, le handicap équivaut au fauteuil roulant du pictogramme sur les places de parking dédiées. Or, 80% des handicaps sont invisibles – troubles cognitifs, maladies chroniques digestives, etc.ÀÉvreux, on travaille dessus et on imagine un nouveau pictogramme, pourquoi pas exportable à l’international?

Justement, vos efforts ont été remarqués à l’international...

Évreux partait de loin, notamment en matière d’accueil des jeunes enfants handicapés, alors que la ville compte davantage de personnes handicapées et de familles solos que la moyenne nationale. Nous avons donc mis les bouchées doubles, formé nos agents petite enfance et créé une crèche de répit pour que les parents soufflent. Souvent, qui dit handicap d’un enfant, dit précarité des familles, car l’un des deux parents arrête de travailler pour s’en occuper. Et effectivement, nos efforts ont été récompensés deux fois à l’international. En 2019 et 2020, nous avons reçu la plus haute distinction honorifique d’accessibilité pour une ville, délivrée par la Commission européenne.

Comment êtes-vous parvenus à de tels progrès ?

Depuis mon premier mandat, en 2014, j’ai lancé le Grenelle du handicap, des groupes de travail pour co-construire nos projets avec tous les acteurs concernés par le handicap: élus, agents, associations d’usagers, habitants lambda, etc. Nous voulions écouter toutes les situations et tous les âges de la vie. Aujourd’hui, le Grenelle compte 150 personnes, permet des réalisations très concrètes et fait de notre ville un laboratoire de terrain.

Sur quels projets avez-vous gagné vos galons de « laboratoire de terrain » ?

Sur, le transport à la demande par exemple. Le besoin pouvait sembler faible, car l’offre était perçue comme limitée aux seules personnes en fauteuil. Sur le terrain, on a vu qu’il fallait l’élargir. Et on a multiplié par trois le nombre d’usagers de ce service, dont les personnes âgées et celles atteintes de troubles dans l’espace. Pour compenser, on a rendu nos bus accessibles aux personnes en fauteuil.

Portez-vous des innovations pour un éventuel troisième mandat ?

L’accessibilité dans les écoles: un travail de fond pour améliorer la prise en compte des particularités. La notion de marchabilité – cettecapacité à offrir le plus de services accessibles à pied. La «ville du quart d’heure» qui favorise les commerces à 15 minutes maximum de chez soi. Ma délégation rentre par la porte accessibilité, mais ça profite à tous en rendant la ville agréable et confortable.

Vous maîtrisez bien votre sujet…

C’est un devoir de m’en emparer, puisque j’ai la chance de bien le connaître. Le handicap est un sujet technique et complexe auquel je peux apporter mon expertise de bénévole à la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) depuis environ quinze ans, de représentante d’usagers auprès de l’Agence régionale de santé, et de représentante du handicap au sein de l’Association des maires de France. Nous avons d’ailleurs conçu une sorte de guide à destination des élus, qui sortira dans quelques semaines!

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