Howard Buten : Le drôle de défricheur de l’autisme
Howard Buten : Le drôle de défricheur de l’autisme
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Je m'abonne1 – le bain artistique de l’enfance
Howard, c’est avant tout un artiste. Il a ça dans le sang. Peut-être parce que l’art a été une bouée de secours pour sa famille, au parcours singulier : Juifs de Lituanie (Europe de l’Est), ses quatre grands-parents sont venus tenter leur chance aux États-Unis, dans le Michigan. C’est là qu’il naît en 1950, à Détroit. Est-ce parce que son père, avocat de profession, a participé au Débarquement de Normandie qu’il a besoin de s’évader par la musique ? Il organise des concerts chez lui, s’inscrit avec sa femme à des concours de cha-cha-cha… Dans sa jeunesse, cette dernière chante et danse avec sa sœur pianiste dans des spectacles de music-hall. C’est elle qui donne à son fils des leçons de claquettes. Pas étonnant que Howard ait eu envie de monter à son tour sur scène !
2 – Le clown Buffo, sa création et son double
Howard Buten s’inscrit dans une prestigieuse école de clowns, puis s’engage pour deux ans dans un cirque qui se produit dans toute l’Amérique. En 1973, il invente le personnage du clown Buffo, un pitre avec une âme d’enfant qui ne parvient pas à s’adapter à son environnement. Ce qui ne manque pas de créer des situations cocasses dont le public rit de bon cœur. Seule la musique permet à ce curieux personnage de communiquer : piano, trompette, violon, batterie… Avec ce numéro, qu’il ne cesse de perfectionner, Howard remplit les salles de par le monde.
3 – Touché en plein cœur par un jeune autiste
Mais une rencontre change le cours de sa destinée : celle d’Adam Shelton, enfant autiste croisé par hasard dans une salle d’attente, dont le comportement intrigue Howard. Se reconnaît-il en partie dans cet être qui sort du cadre et bouscule les schémas habituels ? Toujours est-il qu’il décide, en 1974, d’entamer des études de psychologie pour comprendre le fonctionnement de « ces esprits humains qui ne fonctionnent pas comme les autres ». Il décroche le plus haut diplôme universitaire de sa spécialité, celui de docteur en psychologie clinique. Devenu un spécialiste reconnu des enfants autistes, il fonde pour eux en 1996 le centre Adam Shelton, en région parisienne.
4 – L’art au service de la relation
Pourquoi avoir choisi la France pour ce projet ambitieux auquel il se consacrera jusqu’à sa retraite, à 62 ans ? Parce que c’est là que son premier livre sur l’autisme, Quand j’avais cinq ans je m’ai tué (1981), a rencontré le plus grand succès. Dès lors, pour le reste de sa vie, Howard enfile tour à tour ses trois casquettes de psychologue, clown et écrivain. En 1990, il cofonde un centre d’études dédié à la communication des enfants autistes : il met l’accent sur les techniques d’imitation, qui facilitent l’échange et les bienfaits de la musique. À sa mort en 2025, Howard sait combien son approche a été décisive dans la compréhension de l’autisme.
Le saviez-vous ?
Howard a joué son numéro de clown plus d’un millier de fois et remporté en 1998 le Molière du meilleur one-man-show pour un spectacle avec Claire Oppert, art-thérapeute au centre Adam Shelton. Celle-ci rapporte d’éclairants propos de Howard sur les enfants autistes :
– « Ils ont forcément plein de choses à nous apprendre, même lorsque ce qu’ils font nous effare. »
– « Il faut les regarder droit dans les yeux, avec un regard si accueillant, si ouvert, sans contenu ni jugement, qu’ils ne pourraient nous résister. »
– « Ils doivent être aimés pour ce qu’ils sont, non pour ce qu’ils devraient être. »
« Howard était avec les autistes comme un poisson dans l’eau »
Violoncelliste et soignante en unités de soins palliatifs, Claire Oppert a travaillé sept ans auprès de jeunes autistes aux côtés de Howard Buten. Elle évoque leur rencontre et leur amitié dans son précieux témoignage Le Pansement Schubert (2020).
« Parler de Howard, c’est parfois dire une chose et son contraire… C’est l’essence de sa personnalité. Il était en permanence décalé, et il lui arrivait d’en jouer. Howard Buten a percé à jour comme personne le monde des autistes : il y a consacré toute sa vie à travers son expérience quotidienne auprès d’eux, dès l’âge de 24 ans. Howard privilégiait l’intuition comme chemin vers les autistes. Il se méfiait résolument de toutes les théories qui collent des étiquettes sur ces enfants extraordinaires, sa vraie famille. Howard était profondément artiste dans sa façon d’entrer en relation avec les autistes. Il a compris que ce sont eux qui choisissent le moment et le mode selon lequel ils veulent communiquer. Il m’a appris à quitter la posture du « sauveur » pour tenter de me mettre à leur hauteur. Il misait tout sur l’imitation et l’empathie, par le truchement du corps. Massages, balancements, jeux, enveloppement dans des draps humides… Ses façons de faire dérangeaient les institutions, bousculaient la bien-pensance : mais que de fruits inestimables elles portaient et continuent aujourd’hui d’inspirer ! »
Pour aller plus loin
« Quand j’avais cinq ans je m’ai tué », Ed. Points, 2004, 7,90 €. Howard se glisse dans la tête d’un enfant autiste de 8 ans et nous fait pénétrer son monde étrange où l’imaginaire prend le pas sur le réel. Des passages peuvent heurter.
« Ces enfants qui ne viennent pas d’une autre planète », Ed. Gallimard Jeunesse, 2001, d’occasion.
Jolie brochure destinée aux enfants pour les conduire à accepter leurs pairs autistes tels qu’ils sont et à les approcher sans peur. Une ode à la différence pleine de fraîcheur.
Buffo-buten.com : un site centré sur le clown Buffo, sous les traits duquel se révèle Howard. Le DVD de son spectacle est introuvable, mais des extraits sont visibles sur le site Film-documentaire.