« J’ai pas les mots » : Laurent Seyer décroche le prix Naissance d’une oeuvre pour son roman sur l’autisme
Il fallait oser. Comment un auteur, fût-il doté d’une plume alerte – peut-il se mettre à la place d’un jeune autiste non-verbal, pour déverser tous les mots qui grondent dans sa tête ? Laurent Seyer l’a fait, avec un humour implacable et une intrigue originale : Jérémy, un adolescent autiste que personne n’arrive à bien déchiffrer, soupçonne sa sœur d’être mêlée à un trafic peu recommandable, et tente, par les moyens du bord, de prévenir ses parents.
Le romancier en profite pour brocarder les comportements des soi-disant intelligents : la mascarade du confinement dans son institution, la sortie au restaurant qui dégénère – et l’on attend avec lui le moment où les gens normaux auront « cessé de devenir fous ». Sa langue est crue sans être violente, et l’on s’attache irrésistiblement à Jérémy, à force de comprendre que son incapacité à parler cache une vision du monde supérieure à la nôtre – en beaucoup plus drôle.