Le scoutisme
«Corentin a un réel attrait pour le scoutisme»
« Corentin est le second de nos quatre enfants. Il a 13ans et demi, et est porteur de trisomie 21 avec des difficultés d’élocution mais il est très sociable. On a toujours misé sur l’intégration depuis qu’il est tout petit, dans la mesure où ça se passe bien pour lui et pour les autres. Peu de temps après l’inscription de son frère aîné chez les Scouts Unitaires de France, s’est posée la question pour Corentin. On a fait la demande auprès du chef de groupe qui a accepté sans difficulté. Notre fils a été quatre ans louveteau à la meute de Rennes. Il a été très bien accueilli et a fait les camps sans aucun problème. Il est depuis cette année à la troupe. Il a intégré une patrouille où le CP s’est porté volontaire pour l’accueillir.
Corentin a un réel attrait pour le scoutisme. Il y trouve du bonheur et est fier de porter l’uniforme ! Il aime beaucoup dormir sous la tente, faire un feu…, vivre avec d’autres. En mai, le chef de troupe est venu nous voir pour qu’ensemble nous réfléchissions à la façon d’adapter au mieux le camp pour Corentin. Ça a été l’occasion de donner quelques conseils sur le comportement de notre fils. Au final, il a fait 8 jours (sur trois semaines). Légalement il ne pouvait pas faire l’explo et il était sage qu’il ne fasse pas non plus le grand jeu car pas forcément adapté pour lui. Il est rentré ravi. Corentin fonctionne beaucoup sur l’exemplarité, ça le tire vers le haut. Le fait de se retrouver avec des plus grands est porteur pour lui.
Marie-Aude, mère de Crorentin
Le saviez-vous ?
En 1920, 13 années après la création du scoutisme en Grande-Bretagne par Baden Powell, le Père Sevin co-fonde avec le chanoine Cornette, paralysé des deux bras, la fédération catholique des Scouts de France. Dès 1927, il fonde une branche « Extension », pour des jeunes malades ou handicapés. Elle démarre à Berck (Pas-de-Calais) dans les sanatoriums accueillant de jeunes paralysés.
« Les guides aînées n’ont pas vu dans mon handicap un obstacle particulier »
«Je suis infirme moteur cérébral, je me déplace le plus souvent en fauteuil à cause d’un manque d’équilibre et une spasticité importante. Comme je voulais faire du scoutisme comme mes frères et sœur, j’ai intégré en début d’année, le feu Pilote de La Brie, en Seine-et-Marne. Nous sommes une vingtaine de guides aînées, âgées de 17 à 20 ans. J’ai été très bien accueillie. Il y a une belle vie fraternelle entre nous. Elles n’ont pas vu dans mon handicap un obstacle particulier. J’ai une cinquième roue sur mon fauteuil qui permet de rouler sur toutes les routes.
A cause du Covid nous avons fait beaucoup de distanciel, mais heureusement quelques week-ends sous tente. Tout a été prévu pour que je puisse bien dormir. Cet été nous sommes parties pour notre Route, en Alsace, de Colmar au Mont Saint-Odile où j’ai fait ma promesse scoute. Comme les chemins alsaciens sont escarpés, on a lancé une cagnotte pour acheter une calèche adaptée au fauteuil roulant et qui a été tirée par un poney. J’aime le scoutisme parce qu’il me permet de me dépasser, de vivre l’amitié et de me mettre au service du groupe. J’y trouve ma place. Mon handicap ne m’empêche pas d’avoir des responsabilités. J’ai dû trouver quelques bivouacs, repérer des vétérinaires, et des maréchaux-ferrants pour notre poney en cas de pépin, et comme j’aime écrire, il m’a été donné de tenir le carnet de route…»
Béatrice, 18 ans
Unités spécifiques
Le Service Audace (remplace depuis 2021 Vent du large, né en 1974) : jusqu’à 18 ans, les jeunes avec un handicap mental sont inclus dans les tranches d’âge (de 6 à 18 ans). Après 18 ans, ils peuvent continuer chez les Compagnons ou bien intégrer le service Audace. Ils deviennent alors les audacieux, les audacieuses. Les équipes sont composées de 5 à 6 Audacieux accompagnés d’un ou deux équipiers valides et formés. Ils vivent des activités tout au long de l’année et un camp d’environ 2 semaines.
Audace rassemble entre 350 Audacieuses et Audacieux et 100 équipiers, et édite Pour toi, une revue trimestrielle.

« Accueillir, cela veut dire s’adapter »
Benoît Dufour est le responsable national « Diversité Inclusion » au sein des Scouts et Guides de France. Le mouvement veille avec une attention particulière à refléter l’inclusion des jeunes et des adultes de tous horizons, notamment des personnes en situation de handicap.
Quelles sont les clés pour une bonne intégration ?
Tout d’abord, il faut soigner le dialogue avec les familles. On recommande à chaque éducateur, éducatrice de rencontrer les parents du jeune qu’il va accueillir afin de connaître ses atouts, ses difficultés, ses besoins. Il peut y avoir un échec d’intégration quand les parents sont dans le déni par rapport aux difficultés de leur enfant.
Nous constatons malheureusement que plus on progresse en âge, moins il y a de jeunes handicapés accueillis. C’est dans les Rondes (6-8 ans), que l’on retrouve le plus d’enfants avec un handicap (handicap mental, troubles autistiques, troubles dys, difficultés de motricité…) Un des éléments favorisant cet accueil est que les Farfadets sont encadrés principalement par les parents. Plus on avance dans les tranches d’âge, plus l’éducateur se met en retrait pour être juste en position de soutien. Le manque d’autonomie du jeune en situation de handicap peut alors fortement peser sur les autres jeunes.
Accueillir, cela veut dire s’adapter. On ne peut pas proposer la même chose à tout le monde. Les solutions sont à construire avec chaque individu. Cela signifie moduler le nombre de réunions, adapter le régime alimentaire, respecter le rythme de l’enfant, adapter le couchage… Nous souhaitons aider les adultes du mouvement à changer de paradigme, en passant d’une posture « Est-ce que j’accueille ? » à « Comment j’adapte ? »
Collaborez-vous avec d’autres associations ?
Nous travaillons avec des partenaires pour rassembler nos savoir-faire, comme par exemple l’ANAé, Association nationale d’animation et d’éducation, spécialisée dans le champ du handicap depuis 65 ans. Elle propose des vacances adaptées à la montagne et à la mer, dans ses trois centres. Depuis plusieurs années, des Compagnons (17-21 ans) sont au service des séjours de l’ANAé. Depuis le printemps, les SGdF assurent la gouvernance de cette association. Ainsi nous avons pu proposer deux séjours cet été à Jambville, notre centre de formation, à des enfants et des adultes en situation de handicap moteur ou de polyhandicap afin qu’ils découvrent le scoutisme.
En quoi le scoutisme peut-il être un enrichissement pour un jeune handicapé ?
Le scoutisme enrichit tout type de jeune ! C’est jouer dans de grands espaces naturels, construire ensemble un projet, tisser des liens d’amitié et de solidarité. Le scoutisme développe l’autonomie. Sa force est de permettre à chacun de se révéler tel qu’il est, avec ses facultés et ses faiblesses. C’est aussi un lieu d’épanouissement. On permet à ces jeunes de sortir de leur environnement pour un milieu naturel où il faut apprendre à s’adapter, à créer son confort. C’est une expérience très forte pour eux.
Pour compléter : lire OL n°243 (septembre, octobre 2021)