Joséphine Japy, l’éclat d’une sœur
«À l’endroit », c’est un mot qui revient dans la bouche de Joséphine Japy, comme un anneau stable où s’enroule le fil de la conversation: «Ce film ne venait pas d’un endroit où j’avais besoin de guérir ». « Je voudrais rejoindre les gens à l’endroit où… » L’endroit d’où Joséphine livre des bribes de son histoire est un salon de thé, à l’atmosphère chaude comme un cocon, sur la Butte Montmartre à Paris, où elle habite.
L’actrice de 31 ans mûrissait depuis plusieurs années le projet de réaliser un long-métrage en écho à sa sœur Bertille, atteinte du syndrome rare de Phelan-McDermid. « J’ai longtemps gardé une pudeur initiale qui me forçait à vivre seule avec cette idée, évoque-t-elle. Et puis un jour, l’écriture s’est déclenchée ». Le déclic a suscité un film majeur sur le vécu familial du handicap, Qui brille au combat – l’étymologie du prénom Bertille, un condensé de souffrance et d’amour. « Je ne pouvais pas raconter le quotidien de toutes les familles, mais créer un écho à un endroit de ce qu’elles vivaient, souligne Joséphine Japy. Surtout la difficulté de continuer à vivre, à penser à soi, à exister à l’extérieur du handicap ». Ces obstacles, la jeune femme s’y est heurtée, d’autant plus que l’errance du diagnostic a duré vingt-deux ans dans sa famille – vingt-deux ans durant lesquels ils ont tâtonné, et craint à chaque instant de perdre Bertille ; jusqu’au jour où le diagnostic a donné un nom, et rendu une espérance de vie.
Quand le handicap isole
Ses premiers pas d’actrice, « un peu par hasard pour un casting » lorsqu’elle avait 10 ans, ne partent pas de nulle part. Dans son enfance où le handicap isolait forcément, Joséphine sortait peu. « Mon père était un grand cinéphile, et on passait des heures à regarder des films, évoque la jeune actrice, qui se souvient passionnément de ses débuts en scène, à fureter sur le plateau des Âmes grises. «Plus tard, je me suis rendu compte qu’un réalisateur avait cette possibilité de jeter un œil partout, mais je ne me sentais pas légitime, confie Joséphine Japy. Le film que j’ai écrit est venu d’un endroit plus lumineux que sombre, pas d’un besoin de me soigner. »
Avec ma sœur, le temps s’arrête. Mes problèmes et mes considérations se dissipent.
Entre ses 20 ans et aujourd’hui, la jeune femme a laissé le temps apaiser les tourmentes intérieures – comme cette culpabilité « horrible » de partir de la maison pour ses études, ou cette angoisse tapie en elle lors de certains tournages… Après avoir connu un moment de « craquage », elle est devenue passeuse entre deux mondes étrangers l’un à l’autre. « Joséphine a su m’introduire avec une telle délicatesse pour mon immersion en Maison d’accueil spécialisée, et a amené sa famille sur les marches du festival de Cannes, illustre Sarah Pachoud, l’actrice qui interprète Bertille dans Qui brille au combat. « Sur le tournage, Joséphine me dirigeait comme une chef d’orchestre pour me faire reproduire les sons de sa sœur. En silence, avec tout son corps, elle communiquait sans passer par le langage; je n’avais jamais vu ça!».
Un endroit d’émotion
Lorsque Joséphine Japy évoque l’aujourd’hui avec Bertille, ses yeux s’embrasent: «Ma sœur, c’est une des meilleures personnes que je connaisse, glisse-t-elle dans un sourire désarmant. Avec elle, le temps s’arrête. Mes problèmes et mes considérations, ces moments où je me regarde le nombril à cause de mon métier, tout cela se dissipe. » Devant son film, Joséphine dit que son cœur s’emballe « à chaque scène où les deux sœurs se retrouvent : c’est mon endroit d’émotion ». On pense alors à ce passage où, blottie sous un drap, Bertille écoute les histoires imaginaires de sa sœur, qui, munie d’une lampe de poche en lieu de projecteur, braque son rayon, discret mais puissant, juste à l’endroit du cœur.
Bibliographie
– 12 juillet 1994 Naissance à Paris
– 2005 Première apparition dans Les Âmes grises d’Yves Angelo
– 2015 César du meilleur espoir féminin dans Respire de Mélanie Laurent
– 31 décembre 2025 Sortie de Qui brille au combat, première réalisation