« Les esprits libres », un film réussi sur la maladie d’Alzheimer
Synopsis
Durant deux semaines, personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et soignants s’installent dans une grande maison à Loctudy (Finistère) pour vivre une expérience thérapeutique faite de théâtre, de musique, de poésie et de danse. Là-bas, plus de patients, plus de blouses blanches mais une aventure unique avec des personnes bien vivantes, des esprits libres.
Avis de la rédaction
Patients et soignants, ils arrivent ensemble depuis leur Ehpad de la région parisienne dans des minibus. Des soignants dont certains venus en famille et des résidents qui s’apprêtent à vivre une incroyable expérience dans cette grande maison de famille non médicalisée plantée sur un vaste jardin. Ils vont passer deux semaines hors du temps. À l’unisson, grâce notamment à une art-thérapeute, ils vont concevoir et jouer devant un public un spectacle fait de théâtre d’improvisation.
La maladie d’Alzheimer n’est pas édulcorée dans ce film documentaire. Elle transparaît à chaque plan, dans les fugues de Didier (père de l’un des deux célèbres Daft Punk), l’agressivité d’Anne-Marie, les pleurs d’Antoine, submergé de tristesse face à la perte de sa mémoire dont il a conscience, les propos de Nicole, 90 ans, qui imagine être une petite fille qui vit encore chez ses parents… Mais au fil des jours, les petits et grands progrès sont aussi visibles. Le traitement de Didier s’allège. Anne-Marie qui était éteinte avant le tournage, mutique, s’éclaire de plus en plus, se redresse littéralement et retrouve la parole. Et parallèlement, on voit des soignants qui s’épanouissent loin des contraintes et normes imposées en temps ordinaire. «Je retrouve le sens de mon métier» témoigne Justine, aide-soignante de 25 ans. Des soignants dont on ne peut qu’admirer l’engagement. Fédérés autour d’une création collective, ils redonnent de l’humanité au soin. Leurs jeunes enfants présents sont bienfaisants pour les patients.
Une grande place est accordée à la parole des soignants et des personnes touchées par la maladie. Des scènes de théâtre d’improvisation sont de vraies pépites avec des répliques qui tombent souvent très à propos. Des exercices de poésie sur le souhait révèlent aussi des perles. «Je nous souhaite de nous emparer de la tendresse dès que possible» écrit Antoine. Quant à Françoise: «Je nous souhaite de nous envelopper dans la beauté.» Didier poétise sur le brouillard et sur la nécessité de “se débrouiller”. «Alors il faut savoir se débrouiller… se débrouiller… on n’y pense jamais mais ça veut dire clairement se défendre contre le brouillard», analyse-t-il.
Le réalisateur, Bertrand Hagenmüller, a souhaité «un film qui puisse contribuer, à son échelle, à faire vivre un débat public sur l’accompagnement des personnes âgées dépendantes et en particulier des patients atteints de la maladie d’Alzheimer»*. Il y réussit pleinement! Ce documentaire lumineux, empli de douceur et de bienveillance est coloré par une musique très présente et très enlevée. Il montre combien les liens créés entre les uns et les autres sont sources de vie pour chacun. Alors, on s’émeut, on pleure, on rit et on se met à espérer que d’autres initiatives comme celle-là voient le jour.
*La sortie du film est accompagnée de l’édition d’un livre-manifeste, “Un autre accompagnement est possible”. Il s’appuie sur les paroles des patients et soignants présents dans le documentaire pour mettre en lumière les bienfaits d’un lieu ouvert, intergénérationnel, peu médicalisé, dans lequel la création artistique joue un rôle central.