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L’inscrire au catéchisme, mission impossible ?  

De nombreux parents se posent la question de catéchiser ou de permettre à leur enfant atteint de handicap de recevoir la première communion, la confirmation ; d’autres n’osent même pas se la poser. Que ce soit en catéchèse spécialisée, en inclusion ou au cas par cas, des solutions existent.
Christel Quaix
Publié le   à 16h17
8 min
L’inscrire au catéchisme, mission impossible ?  

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«Je n’avais pas l’énergie de chercher des solutions pour la catéchèse »

« Adélaïde, 15 ans, est l’aînée de nos cinq enfants. Elle a un handicap neurologique qui entraîne des troubles de l’équilibre et une déficience intellectuelle. Petite-fille, scolarisée dans une classe ordinaire, elle a intégré le groupe de catéchèse de la paroisse. Le décalage avec les autres enfants était moins flagrant. Il m’avait semblé naturel qu’elle fasse sa première communion mais par la suite, je ne pensais pas aux autres sacrements. On doit se battre sur tous les dossiers au quotidien, alors je n’avais pas forcément l’énergie de chercher des solutions pour la catéchèse. Et c’est le curé de notre paroisse qui m’a dit qu’Adélaïde, comme tous les autres, devait avoir accès aux sacrements.

Sa petite sœur, ayant fait sa Profession de Foi l’an dernier, Adélaïde a été préparée de son côté par mes parents, mais a assisté à la journée de retraite avec les autres jeunes. Elle a participé à tous les ateliers -confection d’une icône, d’un dizainier, confession… Très bien intégrée, elle a été très heureuse. Même si elle était stressée, sa joie a été immense d’être au printemps parmi tous les autres, en aube, le jour de la Profession de Foi.

Cette année, elle va préparer sa confirmation. Il y a un groupe ordinaire qui se réunit tous les vendredis soirs, mais ce serait trop dur pour elle et encore source de frustrations. Je suis en train de contacter le diocèse pour voir ce qu’il est possible de faire, pour qu’elle soit incluse et que sa différence soit respectée. Adélaïde a la foi et je remercie notre curé de nous avoir ouvert des portes que l’on ne pensait pas à pousser. »

Marie-Amélie, maman d’Adélaïde



« J’ai préparé ma petite-fille à sa première communion »

Manon souffre du syndrome de Sotos. Aucun groupe susceptible de l’accueillir n’existant là où elle habitait, ses parents se sont tournés vers moi, qui suis sa grand-mère, pour la préparer à la première communion, car je l’avais déjà fait avec des tout-petits. Durant un an, chaque fois que je voyais Manon, nous vivions une petite séance d’environ dix minutes. Nous installions sur une table un mouchoir blanc, une fleur, un cierge allumé, un chapelet, une croix et des images. Ces rites qui la rassuraient étaient indispensables pour bien démarrer. Nous chantions le signe de croix. Elle aimait beaucoup aussi la litanie des saints. Elle avait besoin de toucher les objets et beaucoup de choses passaient par le sourire, le regard. Nous avions choisi ensemble un cahier sur lequel, à chaque séance, nous collions un dessin tiré des livres de Noëlle Le Duc qu’elle pouvait colorier. La maman de Manon s’était mise en rapport avec le curé de la paroisse dès le début de la préparation, et Manon a ainsi pu assister à une partie de la journée de retraite avec tous les enfants du catéchisme, et recevoir sa première communion avec eux. J’étais déjà très proche de ma petite-fille, mais cette préparation nous a soudées encore plus. Quand je la vois cinq ans après, elle me réclame des dessins. J’en prévois donc toujours en lien avec le calendrier liturgique. Cela reste mystérieux, mais je suis certaine que Manon vit une relation à Dieu très forte.

Hélène Jeannez, grand-mère de Manon



Personne ne peut leur refuser les sacrements

Christophe Spérissen, prêtre, aumônier auprès de personnes handicapées et membre du Service National de la Catéchèse et du Catéchuménat à la Conférence des Évêques de France, rappelle que les sacrements sont des dons de Dieu pour tous.

Comment définir la catéchèse spécialisée ?

La pédagogie catéchétique spécialisée (PCS) doit permettre à la catéchèse d’être donnée à tous, et adaptée selon les besoins de chacun, dans le sillage des travaux pionniers du père Henri Bissonnier. Les grands principes qui nous habitent nous sont donnés par le Directoire pour la catéchèse (1). Réalisé dans l’élan de Vatican II, ce troisième Directoire, qui date de 2020, est « révolutionnaire » quand il aborde la question de la catéchèse pour les personnes en situation de handicap. « Les personnes handicapées sont appelées à la plénitude de la vie sacramentelle, même en présence de troubles graves. Les sacrements sont des dons de Dieu et la liturgie, avant même d’être comprise rationnellement, demande à être vécue : personne ne peut donc refuser les sacrements aux personnes handicapées », est-il écrit.

Quels sont vos leviers pour que les paroisses, parfois démunies, puissent répondre à cet appel ?

Au Service national de la catéchèse et du catéchuménat, nous travaillons autour de deux axes, la communication et la formation. Nous voulons informer les paroisses, les catéchistes, que des outils ont été créés pour les aider à accompagner ces jeunes porteurs de handicap. Une fois par an, nous invitons les personnes responsables de catéchèse spécialisée à une journée de formation. Ces deux dernières années, nous avons travaillé sur l’autisme, accompagnés par une psychologue et une psychomotricienne. Ces journées sont une occasion privilégiée de partager nos conduites pastorales, de mutualiser des documents et de nous enrichir de l’expérience des autres.

Quel message donner aux paroisses ?

Depuis dix ans, le pape nous invite à une conversion pastorale. C’est fondamental pour la maturité des communautés paroissiales. Nous devons accepter d’être un peu bousculés. Si je viens à la messe et que je ne suis pas capable d’être dérangé par quelqu’un qui prie autrement en remuant un peu trop, ou en poussant quelques cris, cela n’a pas de sens. Les personnes porteuses de handicap permettent à la communauté ecclésiale de croître. Par son attitude, sa foi, son handicap, même s’il est lourd, la personne catéchise la communauté. Et parallèlement, un juste équilibre est à trouver. Vouloir coûte que coûte que son enfant très lourdement handicapé assiste à la messe tous les dimanches n’est pas forcément la réponse adaptée. Il ne s’agit pas de mettre en difficulté le jeune, sa famille et la communauté.

Comment accompagner ces jeunes porteurs de handicap ?

De plus en plus, je suis convaincu que nous devons nous faire accompagner par ceux qui connaissent le mieux le jeune, et qui ont un savoir-faire que nous ne maîtrisons pas – les parents, les éducateurs… Nous n’avons pas une proposition pour les personnes handicapées dans leur globalité. La pédagogie spécialisée nous oblige sans cesse à revenir à cet essentiel : chaque personne, quel que soit son handicap, est unique et à l’image de Dieu. Ce qui se passe n’est pas d’un ordre intellectuel mais d’un cœur à cœur qui nous échappe.

(1) Document de référence des fondamentaux théologiques et pastoraux de l’action catéchétique.

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