Témoins

« Ma mère n’a jamais vraiment accepté sa schizophrénie »

L’adolescence d’Alix, 29 ans, a été percutée par l’intrusion de la schizophrénie de sa mère. La jeune femme raconte sans voile l’âpreté de ce trouble psychique et la consolation qu’elle a puisé dans sa foi et auprès du reste de sa famille farouchement unie.
Guillemette de Préval
Publié le   à 15h08
5 min
« Ma mère n’a jamais vraiment accepté sa schizophrénie »
©istock

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L’arrivée des symptômes de la maladie de ma mère reste floue dans ma mémoire. Mais je me rendais compte que ça n’allait pas. Maman a arrêté de préparer les repas, elle passait beaucoup de temps dans sa chambre, ne prenait plus trop sa douche… Elle voulait toujours fermer les volets en disant que « des gens allaient venir ». Elle disait recevoir « des ondes ». Toutes ces choses n’avaient aucun sens… J’avais environ 12 ans, j’étais en 6e, quand elle a été hospitalisée en psychiatrie pour la première fois. Elle avait 46 ans. Jusque-là, j’avais eu une enfance normale.

Je ne sais plus ce qui a été le déclencheur de sa première hospitalisation, mais un jour, une amie de mes parents a alerté mon père en lui disant que ça n’allait du tout. Elle proposait d’accompagner maman pour consulter un psychiatre. Ma mère a été hospitalisée dans la foulée. Elle a eu son diagnostic de schizophrénie dès la sortie de l’hôpital. C’était posé noir sur blanc, je me souviens. Au moins, on savait pourquoi elle était bizarre. Mais cela ne rend pas les choses plus faciles pour autant. Au début, ma mère avait des médicaments à avaler, mais leurs effets secondaires étaient très lourds. Elle était complètement amorphe. Elle n’était jamais partante pour les prendre.

La paix est revenue à la maison

J’ai été soulagée quand elle a été hospitalisée pour la première fois. À la maison, la paix est un peu revenue. Son séjour a duré entre trois et quatre mois mais elle revenait à la maison certains week-ends. Durant cette période, on a été soutenus par la famille, notamment mes tantes. Des amis des parents s’occupaient de ma petite sœur. Ils étaient là mais je pense qu’ils ne pouvaient pas imaginer ce qu’on vivait vraiment.

Quelques années plus tard, j’ai vraiment eu besoin d’aller trouver le psychiatre de maman pour lui demander: «pourquoi se comporte-t-elle comme ça?» Ce rendez-vous m’a un peu aidé. J’avais besoin de poser mes questions moi-même. Papa nous a proposé d’aller consulter un psychologue mais je n’ai pas voulu. Avec le recul, peut-être que cela aurait été mieux. Heureusement, je parlais de maman facilement avec mon frère aîné. Il a été un vrai soutien. Il a été plus présent après son retour de pension. Forcément, c’est moi qui prenais un peu la place de maman. Je me rendais compte que ce n’était pas normal. Je voyais bien que les relations avec elle étaient différentes que celles de mes amies. J’étais plus mature que les autres. J’ai souvent eu l’impression d’être la mère de ma mère. Je n’en parlais pas à mes amis. Je ne savais pas trop comment leur expliquer la situation, et je n’avais pas envie que les gens éprouvent de la pitié. Et puis, c’était si lourd émotionnellement que je préférais garder ça pour moi.

Ma mère a été hospitalisée dix fois

Durant toute la période du collège au lycée, il y a eu des hauts et des bas. Ma mère pouvait arrêter de prendre ses traitements sans qu’on le sache, et décompenser quelque temps après. Parfois, elle quittait la maison sans prévenir… On a fini par s’habituer. Elle pouvait revenir le matin. Mais elle aurait pu se faire agresser, c’était dangereux. Sans nous, honnêtement, elle aurait pu finir à la rue. Au total, maman a été hospitalisée dix fois. C’est énorme. Le problème, c’est qu’elle n’a jamais vraiment accepté sa maladie. Encore aujourd’hui, quand on lui rappelle ce qu’elle a fait, pour qu’elle en prenne conscience, elle acquiesce, évasive. Est-ce un déni? Je ne sais pas.

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Après le bac, je suis partie deux ans à Reims, en école de commerce. La maladie de maman était très présente à ce moment-là. Il fallait que je parte. Les choses ont un peu évolué quand elle a pris son traitement par injection mensuelle, et son état s’est stabilisé. Mais les effets secondaires ont été tels qu’elle a déclenché un diabète. On ne le savait pas. Un jour, elle est tombée dans le coma. Elle a rechuté car, après son hospitalisation, elle a refusé de reprendre les traitements.

La maladie a soudé la famille

Dans ces maladies, rien n’est jamais acquis et c’est très dur de voir l’autre rechuter. Pourquoi c’est tombé sur maman? Sur notre famille? Quand est-ce que ça ira mieux? J’ai toujours eu la foi, mais la question du pourquoi n’est jamais loin. Dans mes prières, je confie mon cri, ma colère, mais aussi mes gratitudes quand il y a du mieux. Je rends grâce pour notre famille. La maladie nous a soudés, c’est certain. Je prie le chapelet et j’aime la lecture des Psaumes, qui font écho aux émotions que je peux traverser. Je dois accepter que je n’aurais jamais la réponse à mes pourquoi. Ce qui arrive à ma mère n’est pas entre mes mains. J’essaie de faire confiance.

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