Avis dʼexpert

Matthieu Annereau : « Il faut donner aux personnes handicapées les moyens de s’engager en politique »

Malgré sa défaite au premier tour de l'élection municipale à Saint-Herblain le 15 mars dernier, Matthieu Annereau, aveugle, fait valoir l’importance de rendre les élections accessibles. Il y voit un prérequis à l’engagement politique des personnes handicapées.
Guillemette de Préval
Publié le   à 11h21
4 min
Matthieu Annereau : « Il faut donner aux personnes handicapées les moyens de s’engager en politique »

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Vous avez co-signé un manifeste pour rendre plus accessibles les élections municipales. Qu’est-il urgent de changer selon vous ?

Matthieu Annereau : Pour qu’une personne s’engage et mène campagne, il faut déjà qu’elle puisse s’intéresser à la vie politique, c’est-à-dire être électeur ou militant. Or, ce premier palier est loin d’être atteint en France. C’est pourtant ce que demande l’article 29 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CRPD). En août 2021, l’ONU a rappelé la France à l’ordre, pointant ses lacunes en la matière. S’informer s’avère compliqué pour des personnes handicapées : les réunions publiques sont non accessibles aux fauteuils, les écrans sans sous-titrages ou sans langue des signes… À cela s’ajoutent les difficultés tout simplement pour voter, entre salles de vote avec des marches ou assesseurs non formés à l’accueil du handicap… En 2022, un suivi de l’accessibilité des élections présidentielles a été réalisé. Les députés devaient en débattre ensuite à l’Assemblée nationale, mais ça n’a pas été suivi d’effets, quel dommage ! Ce travail aurait pu servir de base pour avancer. On dit que les personnes handicapées sont moins engagées, mais qu’on leur donne d’abord les moyens de l’être !

En France, seuls 102 élus sont handicapés, tous mandats confondus, selon une enquête de 2025 publiée par HandiPolitique. Sur 520 000 élus au total, ce chiffre semble dérisoire…

Oui, et c’est très peu lorsque l’on sait qu’il y a 12 millions de personnes handicapées en France. Mais il ne s’agit que de déclaratif. Certains élus ont peut-être un handicap invisible et ne souhaitent pas en parler. Je les encourage à le faire, car plus la parole sera libérée à cet endroit, plus cela encouragera d’autres personnes concernées à s’engager. Je pense aux personnes dys par exemple. Mais de fait, on reste sous-représentés. Je reste cependant convaincu ces municipales de 2026 vont faire bouger les lignes. Avec notre Association pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées (APHPP), nous nous sommes beaucoup mobilisés pour que plus de personnes concernées se portent candidats. Moi qui suis tête de liste aux municipales avec un travail en milieu bancaire, je leur montre à mon échelle que c’est possible. Nous verrons les fruits dans quelques semaines.

Notez-vous déjà des évolutions positives ?

Oui, beaucoup plus de candidats diffusent désormais leurs programmes électoraux en FALC (Facile à lire et à comprendre), notamment pour des personnes déficientes mentales. J’observe que ça se développe de plus en plus et je m’en réjouis. D’autant que cela sert à tout le monde. On dit souvent que les politiques sont verbeux… Le FALC permet d’aller droit au but !

Vous qui êtes non-voyant, quelle expérience en tirez-vous ?

Je suis élu d’opposition depuis 2014 à Saint-Herblain, en Loire-Atlantique. Du côté de mes opposants, je sais que certains utilisent ma cécité pour discréditer ma légitimité aux yeux des électeurs et me déstabiliser. Mais pour ceux avec qui je travaille, mon handicap n’est pas un sujet. On travaille beaucoup avec le numérique. Ils me décrivent les éléments lorsqu’on est en ville, ils me guident naturellement… à en oublier presque mon handicap ! Je pense qu’il a même renforcé notre cohésion d’équipe. Et quand on rencontre des électeurs, je sens que cette sensibilité les rejoint. Mon handicap ne les gêne pas. On me juge sur mes idées.

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