« Mon inséparable », un film puissant avec Laure Calamy
Ce long-métrage, en salles ce 25 décembre, met puissamment en exergue le récit d’une double émancipation : celle de Joël, qui, malgré son handicap, souhaite construire sa vie de couple et de père, et celle de sa mère Mona, qui cherche à réinventer sa vie de femme.
Synopsis
Mona vit avec son fils trentenaire, Joël, atteint d’une déficience intellectuelle. Il travaille dans un Esat et aime passionnément sa collègue Océane, elle aussi atteinte d’un retard mental. Alors que Mona ignorait tout de cette relation, elle apprend qu’Océane est enceinte.
L’avis d’O&L
Pour un premier long-métrage, il était osé d’affronter le sujet de la parentalité d’un couple avec un handicap intellectuel et de figurer l’émancipation d’une mère solo, ayant consacré toute sa vie pour son fils handicapé : c’est pourtant le défi que s’est donnée la réalisatrice Anne-Sophie Bailly.
« La genèse de ce film vient d’une rencontre faite dans une maison de retraite où travaillait ma mère, avec une résidente de 60 ans dont la mère avait 80 ans, explique-t-elle à l’occasion de la sortie de son film. Elles avaient toujours vécu ensemble parce que la fille, Yolande, avait un handicap qu’on définirait comme un retard intellectuel, et, quand la mère était devenue dépendante, sa fille l’avait suivie en maison de retraite. »
Un fils et sa mère
Le cœur de cette fiction tient dans cette relation, profondément aimante mais houleuse, entre un fils et sa mère. Il y a Joël, grand gaillard en situation de retard mental qui travaille dans un Esat et rêve d’aller en Antarctique depuis tout petit, et sa mère, Mona, qui l’a élevé seule, esthéticienne un brin loufoque. L’annonce de la future paternité de Joël, amoureux d’Océane, est un électrochoc pour Mona. Elle l’est davantage encore du côté des parents d’Océane, qui font d’abord tout pour que leur fille ne garde pas ce bébé.
Comment leurs enfants, encore dépendants sur de nombreux plans dans leur vie, pourraient-ils devenir parents ? La réalisatrice n’apporte pas de réponses, et laisse un vaste champ des possibles, sans pour autant poser un regard angélique sur cette situation dont on pressent toute la fragilité.
Un casting irréprochable
La force de ce film, qui flirte parfois avec le documentaire, tient dans le récit de cette double émancipation en miroir. « C’est la première fois que j’arrivais à vivre comme s’il n’était pas là », lâche Mona, en pleurs, à un homme avec qui elle commence une relation amoureuse, alors même que son fils a fui son domicile après une violente dispute avec elle.
Son authenticité s’obtient grâce à une belle distribution d’acteurs : Joël, incarné par l’acteur Charles Peccia Galletto, lui-même porteur d’un handicap, et Océane, campée avec sensibilité par Julie Froger, elle aussi handicapée, et pour qui ce rôle est une première dans les couloirs du cinéma ; enfin Laure Calamy, qui donne vie avec générosité à Mona, dans une exubérance et ambivalence psychologique saisissantes.
Guillemette de Préval