Natacha Sicaud : « Le rejet du handicap est d’actualité, malgré les discours sur l’inclusivité »
Qu’est-ce qui vous a donné envie, avec Alexandre de Moté, de revenir sur la vie tragique de Judith Scott ?
C’est Alexandre qui m’a proposé ce scénario, parce qu’il a beaucoup d’intérêt pour l’art brut et a toujours été passionné par le travail de Judith Scott. De mon côté, je connaissais un peu ses sculptures, et j’ai pu découvrir son parcours, sa vie. Ce qui m’a convaincue, c’est que ce destin n’est pas seulement tragique. J’ai souvent travaillé sur des histoires de résilience, de personnages qui se relèvent, qui survivent malgré les traumas: à chaque fois, ces sujets me touchent beaucoup.
La bande dessinée relate une certaine violence, qu’elle soit parentale ou sociétale. Votre objectif est-il de sensibiliser le lecteur à la maltraitance ?
Nous n’avons pas abordé dans cette histoire tous les détails de l’internement et de l’enfance de Judith, mais en effet, nous évoquons cette forme de violence. L’histoire débute autour des années 50, aux États-Unis, et malheureusement, même si la situation de la psychiatrie et la connaissance médicale ont évolué depuis, le rejet du handicap est encore d’actualité, et ce malgré les discours actuels sur l’inclusivité.
Y a-t-il un message d’espoir renvoyé par Judith à travers l’art ?
Oui, l’art questionne nos biais, nos goûts, nos idées, l’image qu’on se fait de l’esthétique. L’art n’est pas figé et peut nous déstabiliser. C’est dans ce dialogue et dans cette ouverture que réside l’espoir.
À lire aussi : la critique de la BD « Le Cocon »