Où est ma place ?
« Chef Juju ». Aide-hospitalière au pèlerinage de son diocèse à Lourdes, Justine porte fièrement ce titre sur sa casquette. Chef elle l’est, assurément, donnant ses instructions à tout son monde. Mais elle est surtout « Juju », avec sa personnalité forte et sa joie de vivre. Juju est porteuse du « petit truc en plus ». Et derrière la jovialité affichée, Juju vit un drame personnel, que partage sa maman Sylvie. Justine veut être religieuse. Elle aime profondément Jésus, elle voudrait se donner entièrement à lui. Mais elle ne peut pas devenir religieuse ; de même qu’elle ne peut pas s’engager comme « hospitalière » de plein droit. Elle sera toujours « aide hospitalière ». Comme la petite Bernadette de Lourdes, qui est toujours restée « aide infirmière » dans son couvent de Nevers, et pourtant s’est montrée experte dans l’art de soigner les sœurs malades.
Or elle avait entendu cette parole terrible, prononcée par sa supérieure : « Elle n’est bonne à rien ». Juju, comme Bernadette, aspire à la vie religieuse. Bernadette n’a pas pu aller au Carmel, en raison de sa santé, mais chez les Sœurs de la Charité de Nevers elle a pu développer son amour du Christ et se donner pour les malades. Justine, elle, cherche encore sa place. Son désir est authentique, son amour de Dieu est fort, mais la vie religieuse ne veut pas d’elle. Son handicap est rédhibitoire pour prononcer canoniquement les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Et la vie fraternelle est compliquée. Même dans une communauté adaptée, comme les Petites Sœurs Disciples de l’Agneau, qui accueillent des personnes trisomiques, chez qui elle a fait un court essai.
Toi qui te poses la question douloureuse de ta place parmi les autres, pense à celle que Dieu lui-même a dans le monde, à celle qu’il veut avoir dans ton propre cœur, et à celle qu’il veut te donner dans son éternité d’amour.
La situation est difficile aussi pour des personnes handicapées mentales qui souhaitent s’unir dans le mariage. La Conférence des évêques de France s’apprête à publier une note sur le mariage des personnes « en situation de handicap », préparée avec le concours de l’OCH. De fait, tout le monde n’a pas la capacité de s’engager dans le mariage, comme dans la vie religieuse, comme dans le ministère de prêtre. Pour ceux et celles qui ont fortement ce désir, c’est une grande frustration, une grande souffrance. Et une question demeure : Quelle est ma place dans l’Eglise ? Quelle est ma place dans le monde ? Jésus, que me dis-tu ?
Jésus est entré dans notre monde par la petite porte. D’abord la porte de l’humble cœur de Marie, à Nazareth. Puis la porte d’une étable, à Bethléem, alors que toutes les autres portes étaient fermées. Jésus ira à la rencontre de ceux qui restent sur le bord du chemin, et lui-même n’aura pas d’endroit ou reposer sa tête : il n’a jamais eu de place à lui, et celle qu’on lui imposera – qu’il assumera pleinement par amour – c’est la croix. Certains ont une place reconnue dans le monde ou dans l’Eglise. Mais qu’est-ce devant celle que nous avons dans le cœur de Dieu ? Alors Juju, et toi qui te poses la question douloureuse de ta place parmi les autres, pense à celle que Dieu lui-même a dans le monde, à celle qu’il veut avoir dans ton propre cœur, et à celle qu’il veut te donner dans son éternité d’amour. Alors à la place où tu es aujourd’hui, tu n’as qu’une chose à faire, comme la petite Thérèse : devenir amour. Un amour qui rit ou qui pleure, mais un amour qui a partout sa place.
