Chroniques

Période d’essai

Guillaume Kaltenbach
Publié le   à 9h14
3 min
portrait de Guillaume kaltenbach

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C’est le moment tant espéré pour moi. Après des mois d’attente à la suite du dépôt du dossier de candidature, Roxelane effectue un stage d’observation dans un établissement médico-social. À la clé, si tout se passe bien, s’ouvre la possibilité d’une admission. On nous avait bien prévenus, cela prend des mois avant qu’une place ne se libère. Il faut relancer régulièrement les établissements afin que son dossier reste sur le haut de la pile. Et le jour où l’un d’eux appelle pour dire qu’une admission se profile, il faut accepter au plus vite, sous peine de voir la place vous échapper. Patience et réactivité.

Ce stage d’observation a pour finalité de s’assurer de la bonne adéquation entre le jeune et l’établissement. Sans m’en empêcher, je vis ces instants comme une période d’essai, avec toute la nervosité qui va avec, comme si c’était moi qui effectuais le stage. J’aimerais donner à Roxelane tout un tas de conseils pour lui permettre d’entrer dans les bonnes cases. Pourtant, dans le fond de moi-même, je sais que c’est vain, elle va vivre ces journées d’observation à sa façon, avec ses propres préoccupations.

J’aimerais donner à Roxelane tout un tas de conseils pour lui permettre d’entrer dans les bonnes cases. Pourtant, dans le fond de moi-même, je sais que c’est vain.

Le premier jour du stage, au moment de confier Roxelane, je donne quelques indications au personnel de l’établissement sur son fonctionnement. Pas trop de détails toutefois sur ce qui pourrait mal se passer, car j’ai peur de leur faire peur. Je repars en croisant les doigts. Pourvu que tout se passe bien. Pourvu qu’elle reste calme. Pourvu surtout qu’elle vive des moments agréables. J’ai le cœur qui bat fort pendant ces journées.

Il m’est difficile de rester serein, car j’ai en tête tout l’enjeu qu’il y a derrière. Il en va d’une solution d’accompagnement sur la durée pour Roxelane, un établissement qui saura s’occuper d’elle ces prochaines années. Je connais des parents qui doivent s’occuper de leur enfant à domicile, faute d’accueil par un établissement. Une vraie galère pour eux à tout point de vue, et je crains de les rejoindre dans cette communauté silencieuse des «sans solution».

Même si je redoute de recevoir en pleine journée l’appel du directeur de l’établissement me demandant de venir récupérer ma fille, j’essaie de mettre au loin mon anxiété. Ce stage se passera bien ou mal, on verra; elle sera accueillie par cet établissement ou par un autre plus tard, on s’adaptera. À moi d’alléger la pression que je me suis mise tout seul. Roxelane trouvera son chemin, et nous avec. Osons lui faire confiance.

Guillaume Kaltenbach est père de trois enfants dont Roxelane, 16 ans, atteinte de troubles du spectre autistique. De confession protestante, ce chef d’entreprise est impliqué dans différentes initiatives professionnelles et bénévoles visant l’amélioration de l’inclusion des personnes handicapées.

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