Culture

Philippa Motte, bipolaire, livre un récit coup de poing contre une psychiatrie déshumanisée

Avec "Et c'est moi qu'on enferme", Philippa Motte dévoile la condition des soignés à l'hôpital Sainte-Anne et les failles d'un secteur de la psychiatrie à bout de souffle.
Damien Brickler Grosset
Publié le   à 15h52
2 min
Philippa Motte, bipolaire, livre un récit coup de poing contre une psychiatrie déshumanisée

Générez un lien unique pour permettre à quelqu'un de lire cet article gratuitement.

Laissez vide pour générer un lien partageable
Lien généré avec succès !
Ce lien permet d'accéder à l'article sans restriction pendant 30 jours.

Signe des temps appuyé par la décision du gouvernement d’en faire sa Grande Cause nationale pour 2025, la santé mentale semble faire son trou dans le milieu de l’édition. Depuis le début de l’année, Ombres & Lumière a déjà évoqué dans ses pages les livres d’Adèle Yon («Mon vrai nom est Elisabeth», Éditions du sous-sol) et celui de Nicolas Demorand («Intérieur Nuit», Les Arènes).

Le livre de Philippa Motte, lui aussi, cherche à briser le tabou de la maladie mentale. Bipolaire comme le journaliste de France Inter, l’auteur, dans son autofiction, se met totalement à nu. Ses crises maniaques (au nombre de trois, entre ses 21 et 31 ans), son hospitalisation sous contrainte à Sainte-Anne à Paris, malgré son quotidien avec son mari et ses deux enfants, son bras de fer avec une psychiatrie brutale et déshumanisée: elle raconte tout, avec une âme de guerrière amazone luttant avec courage contre un système qui s’acharne à ne soigner qu’à travers la prescription. Ce témoignage est écrit avec sueur et frénésie, dans la pénombre d’une chambre vide, à la seule lumière d’une bougie. Cette même bougie qui laisse deviner que malgré la souffrance, la folie et l’enfermement, demeure encore une petite flamme, celle de la beauté des âmes de tous ces éclopés de Sainte-Anne, à qui Philippa Motte rend hommage dans son récit.

On dit des nombreux livres sur la santé mentale qu’ils sont nécessaires pour faire avancer la société. Celui-ci, tout en énergie et humilité, n’a pas cette prétention. Pour autant, il est assez armé pour faire plier un secteur de la psychiatrie à bout de souffle. Convaincant.

Extrait :

Comment je peux me rebeller
Comment combattre les sangles et les cachets qui sont en train de me déchiqueter ?
Comment faire face aux clefs et aux portes fermées ?
Clic clac clic clack.
Où est mon Glock ?
Que je rougisse leur blouse.
Que j’arrache leurs yeux vides.
Ils parleront moins avec un Glock dans la bouche.
Ouais, ouais.
Pour l’instant le canon est dans la mienne.
Du son, des mots, c’est tout ce que j’ai.
Alors j’arpente la vingtaine de mètres dans lesquels je suis embastillée

À ne pas manquer