Quand la maladie psychique survient

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Quand la maladie psychique survient

Très stigmatisante, la maladie psychique survient en majorité à la fin de l’adolescence ou au début de la vie adulte. Des jeunes concernés acceptent de revenir sur ce traumatisme pour mieux le prévenir et assurer de plus beaux lendemains. 
Guillemette de Préval
Publié le   à 9h27
8 min
Quand la maladie psychique survient

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Une « déflagration ». Un « cauchemar ». Florian, 32 ans, choisit à dessein ces termes violents pour exprimer ce qui l’a habité au moment de sa première crise psychique, annonciatrice d’un trouble de la bipolarité, la vingtaine naissante. Ce jeune parisien tente de rendre l’indescriptible plus concret, plus imagé. Mais les mots restent bien faibles face au traumatisme d’une crise psychique qui détruit tout sur son passage.

Dans la grande majorité des cas, la maladie psychique fait irruption entre 15 et 25 ans, période propice à de nombreux bouleversements – hormonaux, relationnels, familiaux… Les troubles psychiques renversent alors complètement l’équilibre instable de l’adolescent ou du jeune adulte. Au traumatisme du choc psychologique et physique causé par la crise, et par l’éventuelle hospitalisation nécessaire, s’ajoute très vite l’angoisse de revivre un tel évènement. À l’heure des grands choix et de tous les possibles, la vie semble se rétrécir.

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Quand cette foudre s’abat, le besoin de chercher des explications se fait vite sentir. Il est difficile d’identifier les causes tant elles sont multiples et entremêlent des facteurs biologiques, psychologiques et sociologiques. «Il est complexe de savoir quelle est la place de la génétique et des terrains qui favorisent l’apparition de troubles, prévient Véronique Léna, pédopsychiatre.C’est la grande question de l’époque! Oui, la génétique éclaircit des phénomènes, mais en réalité, on ne sait pas grand-chose. Ce qui est certain en revanche, c’est que l’environnement joue.Les traumatismes sont un champ intéressant à explorer. Ils peuvent provoquer l’apparition de troubles. On n’est pas tous égaux face à une même épreuve.» Dans ce sens, Mathias Gorog, pédopsychiatre à l’hôpital Sainte Anne, à Paris, souligne: «Il est très important de distinguer les facteurs de risques et les facteurs déclencheurs des troubles psychiques.» En bref, une personne peut avoir des vulnérabilités psychiques et psychologiques, mais il y a toujours un élément déclencheur à la crise: choc émotionnel, consommation de drogues…

L’importance de la prévention

La prévention est un enjeu de santé publique d’autant plus fort que peu d’institutions, scolaires ou médicales, mettent en garde les parents et les jeunes face à ce qui demeure un des grands tabous de la société. Les germes d’une fragilité psychique peuvent se manifester parfois dès l’enfance : « Mes premiers troubles psychiques se sont manifestés vers 9 ans sous forme de grosses insomnies, raconte Ludivine, 27 ans, qui se forme actuellement à la paire-aidance professionnelle. Je souffrais d’une dépression infantile, j’avais des idées suicidaires, mais seules des solutions sur mes troubles du sommeil ont été tentées, en vain. À l’époque, je n’ai pas reçu l’aide dont j’avais besoin. »

« Les stimulants tels que les antidépresseurs, le cannabis, les amphétamines ou la cocaïne peuvent provoquer des hallucinations et une crise psychotique. »

Cela, beaucoup de jeunes malades psychiques l’affirment : s’ils avaient bénéficié de soins plus précoces, leurs troubles ne se seraient probablement pas déclarés, ou du moins, pas avec autant de brutalité. C’est ce qu’estime Isabelle : « J’aurais pu ne pas être borderline si une prise en charge avait été faite dès l’enfance ». Cette analyste politique freelance de 33 ans raconte ses angoisses étant jeune, ses comportements destructeurs envers elle-même, ses sautes d’humeur constantes… Sans que rien ne soit mis en place. « Mon comportement s’est peu à peu cristallisé et je me suis construite avec ça. »

Alerter précisément sur les facteurs déclencheurs est tout aussi crucial. « Les stimulants tels que les antidépresseurs, le cannabis, les amphétamines ou la cocaïne peuvent provoquer des hallucinations et une crise psychotique, met en garde Pierre Sidon, psychiatre et directeur du Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) à Paris. L’effet excitant peut provoquer une phase maniaque. Légaliser le cannabis serait un contresens médical… »

La quête d’un diagnostic

À cette recherche des causes de l’irruption de ces troubles psychiques, s’ajoute très vite la quête d’un diagnostic. Là encore, de nombreuses difficultés pavent le chemin. « Mes premiers symptômes de mon trouble borderline ont commencé quand j’avais 8 ans », reprend Isabelle. Son diagnostic a été officiellement posé plus de vingt ans après, à l’âge de 29 ans.

Beaucoup de jeunes patients témoignent de la difficulté de ces longues années d’errance. « On nous reproche souvent de ne pas dire assez tôt le diagnostic, reconnaît la pédopsychiatre Véronique Léna. Du côté professionnel, ce n’est pas qu’on ne sait pas, mais on se retient de poser un diagnostic trop tôt. Si un grand adolescent ou jeune adulte fait une bouffée délirante, il y a trois possibilités : elle peut être unique, elle peut récidiver, puis se calmer, ou devenir une maladie plus pérenne. Or, selon la façon dont le trouble est accueilli, soigné et annoncé, les conséquences ne seront pas les mêmes pour la personne. La prudence est de mise. Annoncer d’emblée un nom de maladie alors que la personne peut tout à fait s’en sortir entraînerait des conséquences négatives. Bien sûr, face à un patient, j’ai ce réflexe de l’identifier à une catégorie de troubles. Cela oriente le premier accompagnement et permet d’essayer tout un dispositif pour que le ‘pire’ n’arrive pas. »

Anticiper les crises

Tout l’enjeu, pour éviter cette aggravation des troubles et des hospitalisations répétées et traumatisantes, réside dans un accompagnement précoce. À Mulhouse, une équipe médicale du service psychiatrique du CHU met en pratique depuis deux ans une initiative venue de Finlande appelée « open dialogue » (dialogue ouvert). L’approche propose d’organiser et d’articuler les soins autour de la personne qui manifeste une souffrance psychique, à partir de ses besoins et de l’écoute de ses proches. « On essaie vraiment d’aller au-devant de ces jeunes, sans attendre que la crise ne s’installe, présente Marie Witz, infirmière dans cette équipe alsacienne. On invite alors le jeune à trouver ce qui peut l’aider, lui et son entourage. Par exemple, si le jeune se rend compte qu’il se sent mieux dans tel lieu, en pratiquant telle activité, tel sport… Comment l’accompagner pour l’aider à se donner ce cadre ? L’idée est vraiment de regrouper les expériences de chacun : le jeune, les parents, ses amis proches, une infirmière scolaire… Et c’est le jeune lui-même qui détermine les personnes ressources, car la confiance est essentielle. » L’initiative, également déployée à Marseille, repose sur la grande flexibilité de l’équipe médicale. « Le jeune peut venir dans nos locaux, on peut se déplacer chez lui, le rencontrer dans un endroit qu’il aime, par exemple en pleine forêt !, explique Marie Witz Pour qu’il se sente bien et parle, cela nécessite d’être créatif ! ». Et elle ajoute : « Si le jeune n’accepte pas de nous recevoir, on peut aller à la rencontre de ses parents. Parfois, le fait d’entendre leur inquiétude va lui permettre d’avancer. »

« Ce qui est difficile quand la maladie psychique envahit quelqu’un, c’est d’arriver à continuer à croire que la personne malade reste une personne qui a une vie pleine et entière. »

Dans ce chaos de l’arrivée de la maladie psychique, rien ne pourrait remplacer le soutien central des proches, en première ligne et des paires. Ils sont ceux qui tentent de garder entrouverte, bien qu’étroite, une fenêtre d’espoir. « Ce qui est difficile quand la maladie psychique envahit quelqu’un, c’est d’arriver à continuer à croire que la personne malade reste une personne qui a une vie pleine et entière, malgré les grandes souffrances vécues et les limites que lui imposent sa maladie, souligne Véronique Léna. Je sais combien, dans ces moments si houleux, il est difficile de se dire que c’est une vie pleine et entière, car le jeune revoit forcément ses ambitions à la baisse. Ce dernier a l’impression que toutes les portes se ferment d’un coup. Mais il faut se forcer à voir qu’il ne reste pas que des miettes de sa vie d’avant, pour envisager tout ce qu’il reste d’ouvert et de possible. »

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