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Quand la musique est bonne

Utilisée en thérapie, dans le cadre d’une activité de loisirs ou bien dans la pratique instrumentale, la musique est un moyen pour s’exprimer à travers les sons, le rythme, et pour dépasser le handicap.
Caroline de La Goutte
Publié le   à 10h50
7 min
Quand la musique est bonne
© Luc Tesson

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« Laurella a une très bonne mémoire auditive et visuelle »

« Laurella, trisomique, a toujours aimé la musique. Petite, elle a participé à un atelier d’initiation musicale. Le professeur était frappé de voir qu’elle reproduisait des morceaux sans aucune difficulté. Elle aime chanter et a une voix très juste. Elle participe à un atelier de chants pour adultes depuis quatre ans. Elle en est très heureuse.

J’ai décelé son talent pour le piano en la voyant tapoter sur le clavier d’un synthé et reproduire des mélodies. Je l’ai alors inscrite au conservatoire de notre ville. Depuis dix ans, elle apprend le piano avec un professeur, chef d’orchestre, sensibilisé au handicap. Laurella a une très bonne mémoire auditive et visuelle. Elle déchiffre les notes sans aucun problème, et apprend par cœur les partitions. Son professeur a même découvert qu’elle avait l’oreille absolue. Elle joue de la musique classique mais aussi de la variété. Quand elle est au piano, le handicap s’envole. La musique et elle ne font qu’un. Nos enfants différents sont étonnants. Ils ont des talents extraordinaires qu’il nous faut découvrir et mettre en avant. »
Rosetta, maman de Laurella, 28 ans.



« La musique a une influence sur le comportement de ma fille »

«C’est en lisant le livre Du premier cri au dernier souffle, de Martina Niernhaussen, où l’auteur raconte comment, suite à un grave accident de voiture, elle s’est reconstruite grâce à la musique, que j’ai pensé que la musicothérapie pourrait être un outil intéressant pour notre fille. Victoire est autiste et a une épilepsie pharmaco-résistante ; elle ne parle pas mais sait très bien se faire comprendre. L’écoute de la musique lui fait plaisir. Comme beaucoup d’autistes, notre fille est très sensible aux bruits, aux sons. Depuis cinq ans, elle suit des séances hebdomadaires de musicothérapie dans son centre, avec d’autres jeunes. Elle a une relation très privilégiée avec le musicothérapeute qui sait spécifiquement quelle musique lui est bénéfique. Elle aime en particulier l’Ave Maria. La musique a une influence sur son comportement. Victoire crie beaucoup et peut devenir agressive envers elle-même quand des choses la chagrinent ou l’agacent et qu’elle ne peut l’exprimer. La musicothérapie fait partie d’un ensemble de soins qu’elle reçoit dans son foyer. Les séances l’apaisent particulièrement pendant ses périodes difficiles.»

Marie, maman de Victoire, 36 ans



« Nous avons tous une histoire musicale »

Clarinettiste, Edith Lecourt, est fondatrice de l’enseignement de la musicothérapie en France, professeur émérite de psychologie clinique à l’université Paris V et auteur d’ouvrages dont « La musicothérapie – découvrir les vertus thérapeutiques de la musique », aux Editions Eyrolles.

Comment la musique agit-elle sur le cerveau ? Quel impact a-t-elle sur notre corps ?

La musique se diffuse dans tout le cerveau et va stimuler différentes activités cérébrales comme la conscience, la vigilance, la mémoire…
Les neurologues ont découvert que la mémoire musicale résistait beaucoup plus longtemps que la mémoire verbale. Des études faites sur des patients Alzheimer montrent justement que cette diffusion de la musique dans le cerveau fait que ces malades retrouvent des capacités, notamment une mémorisation musicale.
Nous avons tous une capacité et une histoire musicales très riches et personnelles. C’est en chacun de nous. En musicothérapie, on ne connaît pas toute l’histoire musicale de la personne. Donc on ne sait pas d’emblée ce qui peut la relaxer ou lui faire violence. Dans le cas d’une personne dépressive, si le thérapeute commence par utiliser une musique dynamique pour la faire sortir de son état, ça sera très violent pour elle et ça laissera sous-entendre qu’elle n’est pas comprise dans ce qu’elle vit. Il va falloir obtenir un certain nombre de renseignements et faire quelques essais sur certaines musiques avant de s’engager. C’est pour cela que l’on fait un bilan psycho-musical en musicothérapie.

En quoi la musique est-elle thérapeutique ? En particulier pour une personne autiste…

La musique a spontanément des effets thérapeutiques dans le sens où elle nous fait du bien, nous sort de nos préoccupations. Nous l’utilisons pour nous divertir, pour nous relaxer. La musicothérapie n’apporte pas une guérison en tant que telle mais peut être un soin très important.
Dans le cas d’une personne avec handicap mental, il y a souvent un décalage entre le handicap et les capacités sonore et musicale de l’enfant, qui elles ne sont pas atteintes. On observe ainsi que certains de ces enfants sont particulièrement sensibles à la musique.

La musicothérapie est une des principales indications qu’on utilise pour les personnes autistes, comme moyen d’expression. Le thérapeute va emprunter un chemin sonore pour entrer en relation avec la personne. Le sonore, ce sont les bruits en général, le son d’un instrument, etc. On va chercher le son qui lui permette de réagir, celui qui lui est agressif ou plaisant pour l’aider à différencier l’agréable du désagréable. Progressivement, elle va entrer en relation. Il peut même arriver qu’une personne qui ne parle pas commence à verbaliser en chantant. Pour la personne autiste, la parole est un son très sophistiqué, codé, qui peut être vécu comme une intrusion. En revanche, la parole chantée ne lui est pas dangereuse parce qu’elle ne passe pas par le même canal que le langage parlé.

Et pour les personnes Alzheimer ?

La musique agit sur la mémoire contextuelle. Si en écoutant de la musique on ressent une émotion, elle s’inscrit en nous, avec son environnement. Les malades Alzheimer peuvent reconnaître des musiques et des chansons apprises des décennies plus tôt. Les malades vont se replonger dans ce passé et retrouver tout un environnement : ils vont se mettre à chanter, à se mouvoir, à battre la mesure. Ça leur permet d’avoir des moments de grande joie. Pour les familles, c’est spectaculaire. Je conseillerais la musicothérapie familiale qui crée une relation, bien sûr limitée à la musique, mais qui apporte du plaisir à la famille parce qu’elle voit dans ces moments que le malade arrive à communiquer.

Pour en savoir plus : Ombres & Lumière n°237 (septembre-octobre 2020)

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