« Qui brille au combat », un film puissant sur l’impact du handicap dans la fratrie
Qui brille au combat nous glisse dans l’adolescence sans cesse vacillante de Bertille, la plus jeune des deux sœurs de la famille Roussier. Celle-ci ne communique que par quelques sons, prend le quotidien pour un territoire de jeu inépuisable, épuise ses proches, mais est capable de tout illuminer d’un seul geste ou d’un seul regard. Atteinte d’un handicap lourd, suspendue à chaque instant au fil ténu de la vie en l’absence d’un diagnostic, elle force ses proches à s’adapter, mais aussi à s’isoler pour se protéger d’un monde qui ne les comprend pas.
La réalisatrice Joséphine Japy a elle-même vécu cette adolescence à l’écart du monde normé, avec sa sœur prénommée elle aussi Bertille, mais a façonné son premier long-métrage, auquel elle pensait depuis longtemps, dans une autre configuration – deux sœurs serrées par une complicité atypique ici, alors que dans sa famille propre, elles étaient trois. Le personnage de Marion, l’aînée qui prend sur elle et protège, est interprété avec profondeur par Angelina Woreth, appuyée par Sarah Pachoud, terriblement convaincante dans le rôle de Bertille. Tout en tension, le film n’édulcore rien de la vie familiale souvent à cran. « C’est vrai que ce huis clos crée un sentiment d’enfermement et de tension avec l’extérieur, et c’était la volonté du film, pose Joséphine Japy, la réalisatrice. Dans ma vraie vie, ce n’était pas identique, mais il était important pour moi de montrer l’isolement d’une famille de manière tangible. »
Dans bien des films sur le handicap, le spectateur ne fait qu’effleurer la réalité des familles, mais ici, c’est la densité émotionnelle et ses souffrances qui éclatent, sans filtre, à l’écran. La gravité d’une vie marquée par cette sœur Bertille, à l’avenir fragile, est concentrée dans le personnage de Marion: celle-ci incarne la difficulté d’exister pour soi, le décalage constant avec le monde «normé», l’insoluble envie de fuir et de rester… Qui brille au combat, le sens étymologique du prénom Bertille, se fait l’écho du combat d’une famille entière, entre humour et consentement douloureux à la réalité pour ne pas sombrer.
Qui brille au combat, de Joséphine Japy. Sortie en salles le 31 décembre 2025.