À l’Esat Autre regard : « Avant, j’étais moche, maintenant, je suis belle ! »
Le soleil déjà chaud éclaire la salle où sont réunis quelques travailleurs de l’Esat*. Sandy Faraco, éducatrice spécialisée, fait aujourd’hui le bilan des derniers ateliersAutre Regard, un parcours qu’elle a monté avec sa collègue Emilie Naudy. Sandy questionne :«Qu’est-ce que le miroir vous renvoyait au début?»Les réponses fusent, spontanées:«Je ne m’aimais pas, j’étais mal dans ma peau, je me sentais grosse, stressée, angoissé, humilié, timide, triste, en colère…»L’animatrice acquiesce avec bienveillance:«C’est vrai, vous avez tous rendus feuille blanche au questionnaire sur vos qualités et compétences! »
Pour recréer le contexte du parcours, elle propose un jeu de «photo-langage» sur le thème de la colère. Dylan brandit un dessin de poing:«Au lieu de taper sur les murs comme avant pour me décharger, je me défoule sur ma console!»Marion a choisi l’image d’une tête qui explose:«Quand j’ai trop d’émotions, je me sens comme ça», lance-t-elle, vibrante.Maintenant, j’arrive à les libérer en écrivant.»D’autres séances l’ont aidée : raconter son histoire aux autres par exemple, ou jeter des pierres symbolisant les poids qui empêchent d’avancer. À ces évocations, la jeune femme se met à pleurer. Dylan la console avec douceur:« Ça va aller, Marion !»L’entraide dans le groupe est tangible.
Opérer un changement de regard

Au mur sont accrochés des portraits en grand format, pris au début puis à la fin du parcours, six mois plus tard. On reconnait Dylan, le regard triste sur une première photo, charmeur sur la deuxième. Marion, ses yeux bleus perdus sur un cliché, resplendit ensuite dans une robe de princesse. Sabrina est rayonnante sous son grand chapeau. Maryline résume sa métamorphose avec fierté:«Avant, j’étais moche, maintenant, je suis belle!»Ces clichés émouvants sont réalisés par Emilie Naudy, éducatrice spécialisée, mais aussi photographe professionnelle formée à la photo thérapeutique.« Les photos ne transforment pas les personnes, elles leur ressemblent. Chacun dépasse ses limites et opère un changement de regard en prenant la pose.»
Emilie coordonne aussi des ateliers bien-être, proposés chaque mois à tout l’Esat, dans le prolongement d’Autre Regard. Dans un salon de beauté improvisé, Sabrina, le visage détendu et apaisé, ferme les yeux pendant qu’Habissa, elle-même travailleuse à l’Esat, ombre ses paupières.«J’aime rendre les gens beaux et leur faire plaisir», glisse cette dernière. Gaël, ancien d’Autre Regard, boucle les cheveux d’une jeune femme ravie de se faire chouchouter. Il se souvient des séances de coiffure avec un CFA de coiffure partenaire.«Chaque apprenti a coiffé à petit prix un participant à Autre Regard, pendant un an. J’ai essayé toutes les couleurs!»Sandy complète:« Les apprentis ont changé de regard et noué des liens avec leur binôme à qui ils ont appris à prendre soin de leurs cheveux. Des maquilleuses sont intervenues dans le même esprit.»
Dépasser ses peurs
Dernière étape du parcoursAutre Regard, un spectacle de qualité professionnelle, ouvert au public, met en scène les participants. Osant dépasser leur peur en affrontant la scène, Dylan et Maryline ont dansé, Marion a chanté sous les ovations, Gaël a fait pleurer la salle en interprétant un poème sur sa vie douloureuse.«A la fin du spectacle, mon frère m’a dit que j’étais trop belle, il m’a prise dans ses bras»raconte Stéphanie, une participante encore émue.
«Et maintenant, qu’est-ce qui a changé?»demande Sandy.Sabrina ose porter des robes, elle maîtrise son impulsivité et s’est fait des amies. Maryline est plus autonome dans son travail. Dylan a confiance en lui. Marion a gagné la coupe des talents de la ville voisine. Tous s’accordent pour dire:«Le regard des autres? On s’en fiche!»
*L’Esat des étangs est un établissement d’aide par le travail qui emploie 120 personnes en situation de handicap mental. La session 2025 des ateliers Autre Regard n’est pas encore programmée. Une restructuration, en cours, devrait permettre d’étendre le parcours de façon unifiée à tous les établissements gérés par l’association Chrysalide, dont dépend l’Esat.