« À Rome, on voit un concentré de souffrance et de joie »
Deux jours de fête, c’était un peu trop court. Mercredi 30 avril, au lendemain du jubilé dédié aux personnes handicapées, le mouvement Foi & Lumière a décidé de prolonger les réjouissances en rassemblant ses 300 pèlerins présents. Dans l’église moderne de San Policarpo, au sud-est de Rome, l’ambiance est joyeuse. Raul Izquierdo Garcia, coordinateur international du mouvement, est à la guitare. Il entonne le chant de paix hébraïque Evenou Shalom Alerhem. L’assemblée, venue des cinq continents, s’enthousiasme, tape des mains, danse. Pour beaucoup, c’est l’occasion de rendre grâce pour ces quelques jours passés dans la Ville éternelle, orpheline de son pape, mais non d’espérance. «Le pape est là-haut, affirme Jean-Luc, porteur d’une trisomie 21, en désignant de son index le ciel. Il a rejoint mon papaet tous les autres copains.» Le quinquagénaire à lunettes, tout sourire, est membre d’une communauté Foi & Lumière française, depuis qu’il est «tout bébé». À ses côtés, Laurent est fier d’évoquer qu’il a «porté la croix», lors du passage de la porte sainte, à la basilique Saint-Pierre. Éric, d’une communauté belge, évoque sans filtre l’espérance qui le réjouit: «Je vais bientôt me marier!»
À la sortie de cette célébration ponctuée de chants, d’un évangile gestué et de méditations, «lesinsulaires» – regroupant l’île Maurice, les Seychelles et la Réunion – se font entendre avec leurs 56 pèlerins, aux écharpes colorées des drapeaux de leurs pays respectifs. «On est venus pour répondre à l’invitation du pape François, explique Marie-France, à la bonne humeur communicative. Cette mère d’un fils trisomique, Lucas, s’est sentie rejointe par le défunt pontife: «Il avait une proximité avec les plus petits et les plus faibles. Nous, personnes handicapées et leurs proches, on se sent parfois à la périphérie du monde. Alors, en priant le chapelet, on a demandé au pape François d’intercéder pour nous de là où il est!»
«Je vous confirme dans votre engagement: être, dans les tempêtes que vivent les personnes et les familles, une petite barque sur laquelle tout le monde peut trouver une place.
Pape François

Norm et Cathie, couple jovial de Néo-Zélandais, sont venus avec leur fille Sarah, autiste sévère. La largesse de leur sourire ne cache pas les difficultés qu’ils peuvent vivre au quotidien.«Être dans l’espérance en tant que parents d’un enfant handicapé… ça prend du temps », confie Cathie. Elle et son mari ont découvert Foi & Lumière grâce à un ami, quand Sarah avait environ six ans. La pétillante grand-mère ne cesse de faire défiler avec son portable les photos des rencontres vécues chaque mois au sein de sa communauté océanienne.
«C’est mystérieux, livre Béatrice, accompagnatrice française. On voit toute l’intensité des souffrances liées au handicap, et pourtant, on vit une intensité d’amour et de tendresse au mètre carré ! Ce sont les ingrédients de la joie profonde. Ailleurs, il y aurait eu du rejet mais ici, la tendresse prime. »
Ce discours, le pape François aurait presque pu le tenir. Lors d’une audience qu’il avait accordée pour les cinquante ans du mouvement, en octobre 2021, il avait déclaré avec conviction : « La présence de Foi et Lumière, a été, et est une prophétie parce que les personnes les plus fragiles sont souvent rejetées, considérées comme inutiles». Et de poursuivre, avec cet appel: «Que vos communautés soient toujours des lieux de rencontre, de promotion humaine et de fête pour tous ceux qui se sentent encore marginalisés et abandonnés. Pour les familles qui vivent l’expérience de la naissance d’un enfant handicapé, puissiez-vous être un signe d’espérance, afin que personne ne se replie sur soi-même, dans la tristesse et le désespoir.» Le pape François avait aussi souligné la dimension évangélique du logo de Foi & Lumière – des silhouettes dans une barque, sur une mer agitée, en nuages et soleil – qui n’est pas sans rappeler celui dessiné pour l’année jubilaire: «Je vous confirme dans votre engagement: être, dans les tempêtes que vivent les personnes et les familles, une petite barque sur laquelle tout le monde peut trouver une place, dans la certitude que le Seigneur Jésus est sur cette barque.»