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À l’ESAT de Meudon, rompre le silence lié à la vie intime et sexuelle

Depuis deux ans, l’ESAT Suzanne Lawson & Georges Dagneaux de Meudon propose des ateliers sur la vie affective et sexuelle. Une façon pédagogique pour les travailleurs de prendre confiance en eux et de mieux appréhender leur vie intime.
Damien Brickler Grosset
Publié le   à 9h08
5 min
À l’ESAT de Meudon, rompre le silence lié à la vie intime et sexuelle

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Meudon, 13h30. Dans cette petite ville perchée sur les hauteurs du département des Hauts-de-Seine se cache, à la lisière de sa forêt domaniale, l’Esat Suzanne Lawson & Georges Dagneaux. Tandis qu’entre ses murs fourmillent des ouvriers prêts à récupérer leur poste de travail, un groupe de six femmes s’esquive. Pour l’heure à venir, elles vont assister à un atelier intitulé Paroles – Vie affective, intime et sexuelle. Ici, l’objectif consiste entre autres à développer la confiance en soi, identifier et gérer ses émotions, exiger le respect mutuel et connaître les risques en matière de sexualité.

Ce n’est pas la première fois que ces femmes se rendent à cet atelier. Mariama y participe depuis deux ans. Et son enthousiasme ne tarit pas depuis : « J’apprends beaucoup de choses ici, dit-elle. J’apprends à avoir plus confiance en moi et à me dire que je veux être davantage comprise dans mes relations, surtout avec les hommes. »

L’amour ne suffit pas

Stéphanie Hennebicq, qui dispense cet atelier depuis sa création, il y a deux ans, s’enorgueillit des propos de Mariama. Sur la base d’un parcours de huit rencontres annuelles, la conseillère conjugale et familiale parvient à inculquer des notions de respect de soi et de l’autre dans le but de poser des choix responsables : « Huit rencontres d’une heure ne révolutionnent pas une vie, surtout si les participants ont de grosses difficultés de compréhension, souligne-t-elle. Je ne suis pas arrivée ici en pompier, mais j’essaye de me mettre à leur rythme et de m’assurer qu’ils repartent avec un petit quelque chose de chaque rencontre. Je constate déjà que faire partie d’un groupe et être écoutés sur un sujet délicat les aident à se sentir plus épanouis. »

« Il la contrôle, ce n’est pas bien : quand tu te fais taper dessus, tu pars, un point c’est tout ! »

Pour l’atelier de ce jour, Stéphanie Hennebicq stimule son auditoire au travers de films sur le respect de l’autre dans un couple. Intitulée « C’est normal ? », cette saga de courtes capsules vidéo aborde la thématique du regard de l’autre, du consentement ou encore de la maltraitance, le tout sans montrer d’images choquantes.« Elle ne respecte pas son homme : elle ne sait pas que la comparaison n’est pas raison », réagit Mariama après une vidéo dans laquelle une femme reprocheàson conjoint handicapéde ne pas ressembler aux hommes qu’elle identifie sur les réseaux sociaux.

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Dans la séquence suivante, Mélanie s’insurge qu’une femme subisse des violences de la part de son conjoint : « Il la contrôle, ce n’est pas bien : quand tu te fais taper dessus, tu pars, un point c’est tout ! » Stéphanie acquiesce et tente d’élever encore le débat : « Peut-on changer quelqu’un quand on l’aime, même s’il est violent ? ». Et de montrer un schéma où apparaissent le cerveau, le cœur et le corps humain, et qu’elle appelle les « 3C ». « L’amour ne suffit pas, ajoute-t-elle. Si je reste dans cette relation où je suis sous emprise, je ne respecte ni mon corps ni ma tête ». Toutes opinent du chef.

Mais l’heure tourne et la concentration de l’assemblée vacille. Mélanie discute avec Charlène qui baye aux corneilles et glisse son pouce dans sa bouche. C’est la fin de l’atelier pour les femmes. Les hommes prennent la relève. Pas de mélange des genres, donc : « Les femmes craignent de ne pas avoir la place de s’exprimer si le groupe est mixte, explique la formatrice. Elles ont malheureusement été souvent victimes de violences et elles ont aussi besoin de se sentir en sécurité pour aborder les sujets intimes. »

Pour l'atelier de ce jour, Stéphanie Hennebicq s'appuie sur un schéma où apparaissent le cerveau, le cœur et le corps humain, et qu’elle appelle les « 3C ».
Pour l’atelier de ce jour, Stéphanie Hennebicq s’appuie sur un schéma où apparaissent le cerveau, le cœur et le corps humain, et qu’elle appelle les « 3C ».

Un appel à la responsabilité

Le déroulé de l’atelier proposé aux hommes donne raison à la conseillère conjugale : les hommes sont plus prolixes, les réactions aux vidéos plus vives.«C’est de l’humiliation ce que fait le typeàsa copine,s’emporte Tanguy.C’est un connard en fait, non ?»Faceàl’approbation générale, Stéphanie convoque leur capacitéàse responsabiliser :«Vous savez que des femmes meurent sous les coups de leur conjoint ? Les hommes qui sont violents doivent en prendre conscience et suivre une thérapie pour s’en sortir.»Alexandre, silencieux durant la séance, avoue :«Je n’ai rien compris.»La conseillère, pas décontenancée, synthétise le message et reprend les mots-clés qu’Alexandre répète avec enthousiasme : amour, respect, communication non violente.

Dans un brouhaha de conversations, le cours se termine. Nathan, discret lui aussi, s’approche de Stéphanie et confie:«Merci, je me sens mieux et plus bienveillant. »Nathan assisteàcet atelier depuis l’an dernier. Ce qui l’a pousséàs’y inscrire ?«Avec le psychologue de l’ESAT je me posais des questions sur la vie affective. Je regardais beaucoup de films pornos et je n’avais pas confiance en moi. Maintenant, je me rends compte que le porno est faux et violent. Si j’en regarde, je culpabilise après.»Une nouvelle fois, Stéphanie Hennebicq dessine un sourire de satisfaction :« Merci Nathan, ça me touche. »Le prochain atelier est fixédans quinze jours.

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