Série de l’Avent – « Rien n’est impossible à Dieu »… 4/4
«Au milieu de ma souffrance, j’ai rencontré Dieu »
Tout au long de l’Avent,Ombres & Lumière célèbre l’inattendu, et plus encore, l’impossible entrevudans la vie d’une personne touchée par le handicap.
Cette série « Rien n’est impossible à Dieu », s’achève avec une méditation de Fabien Ho. Hospitaliséà Ville-Evrard (Seine-et-Marne) pour ses troubles psychiques, il témoigne de sa persévérance à chercher Dieu.
«Lorsque l’on se trouve dans le creux de la solitude, étreint par une multitude de pensées tumultueuses,balayé par des interrogations sur notre identité, notre destination, il arrive parfois qu’un rêve étranges’insinue dans nos pensées. J’aspire, en ces instants, à revêtir la simplicité d’un vagabond, à errer sansdestination, ou à m’arrêter quand la fatigue se fait sentir, et recevoir humblement le pain offert par unvoisin. Conscient de cette tendance à m’égarer, je pressens que mes pas me conduisent toujours ensens inverse, m’enserrent dans une spirale d’isolement. Et sans se rendre compte, une fois de plus, onse trouve en hospitalisation, oui ! Je positive ces moments d’enfermement car, cela me donne unesécurité. Elle me retire de ce monde si séculier, elle me protège de tout et de moi-même.
L’annonce d’une nouvelle, surtout lorsqu’elle est empreinte de terreur, devient particulièrementredoutable. Ajoutez à cela le fardeau d’une affliction mentale non identifiée depuis un certain temps,et l’acceptation devient une montagne escarpée. Chaque individu est doté d’une existence à bâtir,nourri par la croyance persistante qu’une destinée, un dessein divin, lui est réservé.
On m’a enseigné que Dieu avait tracé un chemin pour moi, une mission à accomplir, et qu’il merévèlerait son dessein. Le Seigneur a-t-il réellement voulu que je sois submergé par la folie ? Que monesprit vagabonde sans boussole, que par moments je perde mes repères ? Excusez-moi, mais le doutepersiste parfois…
Enfin, j’ai réalisé que nous n’avons qu’une vie, qu’une seule existence à interroger. Mais parfois, faceà cette mission qui nous échappe, notre ignorance nous submerge. On nous a souvent conseilléd’arrêter nos questionnements, car la vie, prétend-on, apportera les réponses attendues… Au cœur detoutes ces réalités, je prends conscience que ma mission se trouve là, que je sois à l’hôpital ou dans larue, avec ma famille ou mes amis…
C’est toi seul qui saura répondre Seigneur, tu sauras me donner des signes. Où que je sois, je dois tesuivre. Ma mission se dévoile au milieu de la souffrance, c’est là que je découvre ta grâce, Seigneur.Malgré la maladie et nos difficultés spirituelles, je suis capable de porter des fruits.
Je réalise que de nombreux saints ont connu d’énormes difficultés psychologiques, et pourtant, ils ontvécu une vie spirituelle, parfois mystique, très intense. Nos troubles psychologiques peuvent entravernotre vie spirituelle, mais je suis déterminé à surmonter ces obstacles.
Seigneur, je veux te servir là où je me trouve, être un signe d’espoir pour les autres, les guidant à trouver un sens dans la vie. La maladie et la souffrance font partie intégrante de ma vie, et c’est en toi que je trouve la lumière pour éclairer l’esprit de chacun de mes frères… Car rien n’est impossible à Dieu ! »
Propos recueillis par Maria Vadon, aumônier à l’hôpital psychiatrique de Ville Evrard.
Début janvier, Ombres & Lumière (n°257) consacre un dossier sur le thème de l’irruption de la maladie psychique en donnant notamment la parole à des jeunes adultes concernés.
Et sur organise une Table Ronde sur le thème : Quand la souffrance psychique survient, le 1er février 2023 à l’Institut Catholique de Paris.