Offrir l'article
L'offre d'article est réservée aux abonnés. Abonnez-vous pour offrir gratuitement des articles à vos proches.
Je m'abonneLes vacances de Roxelane ont été marquées par un épisode qui m’a donné de belles sueurs froides. Nous invitons des amis avec leurs enfants dans la maison familiale de vacances. Ils font un long voyage pour venir nous voir et découvrir la région. Roxelane est très heureuse de retrouver leur jeune fils, autiste comme elle. Un jour, nous partons visiter un château fort médiéval, perché en haut d’un joli petit village, non loin de la vallée du Lot. À peine arrivé à l’entrée de la forteresse, le jeune garçon se met à courir à toute allure dans le dédale des ruelles du village, et nous le perdons de vue très rapidement. On se met à plusieurs à le chercher un peu partout. En vain. Il ne répond pas aux appels. Immédiatement, tout ce qui fait le charme du village devient un danger pour une jeune autiste de 10 ans : pierres, ruines, ruisseaux, arbustes. Pourvu qu’on le retrouve vite, et sans blessure. Mon cœur se met à battre de plus en plus fort. Ce n’est pas mon fils, mais, dans ce genre de circonstances, c’est comme s’il le devenait.
Au bout d’une vingtaine de minutes, les quelques villageois à qui on demande de l’aide se mettent à chercher comme nous, en sillonnant les routes des alentours avec leur voiture. L’un d’entre eux met son drone à disposition, l’autre envoie des messages sur le WhatsApp du village pour prévenir tout le monde, la patronne du bar distribue des bouteilles d’eau à tous. La gendarmerie est alertée. Sous un soleil de plomb, chaque minute qui passe semble interminable. Soudain, une heure et quart plus tard, coup de fil d’un des villageois: le jeune garçon est repéré en train de marcher sur un sentier à 5 kilomètres du village. Soulagement général et stupéfaction par rapport à la distance parcourue. On ne saura jamais pourquoi il s’est mis à courir ainsi, ni pourquoi il a autant marché sans but. L’autisme vient avec son lot de mystères. Mais quelle joie d’avoir vu autant de solidarité émerger spontanément dans ce petit village ! Je ne m’y attendais pas.
« L’autisme vient avec son lot de mystères ».
J’étais ému. J’ose espérer le même élan de solidarité le jour où Roxelane se perdra en chemin, ou qu’elle perdra l’équilibre à cause d’un obstacle qu’elle n’aura pas repéré. L’imprévu la rend vulnérable dans les trajets qu’elle sera amenée un jour à accomplir seule. Tel chantier qui impose de changer de trottoir, tel bus dont l’horaire est modifié, un code qui ne fonctionne pas, autant d’exemples où ses réactions ne seront pas forcément adaptées. Comme son handicap est invisible, les gens ne perçoivent pas immédiatement qu’elle est en difficulté. Je vois là une de mes priorités en cette période de rentrée scolaire, lui apprendre à demander de l’aide. Cet objectif va passer par quelques mises en situation pour lui faire acquérir les bons réflexes. Je remercie d’avance toutes les bonnes âmes qui sauront écouter ma fille avec douceur, et l’aideront à retrouver sa route, si, plus tard, elle se retrouve perdue.