Ce qui est drôle lorsque nous venons à Paris, mon mari et moi, ville de tous les excès, de la vitesse, du bruit, c’est que nous ralentissons. En effet, que nous rendions visite à nos parents, ou que nous rendions visite à la plupart de nos amis, nous rencontrons la grande vulnérabilité, physique et parfois mentale, et c’est tout notre séjour qui en est bouleversé.
Eduardo, lui, a l’habitude. Beaucoup de ses amis sont aussi ses filleuls, qu’il accompagne depuis de longues années de soutien et de fidélité. Moi, je suis moins habituée, moins patiente, énervée même quelquefois, quand les choses n’avancent pas assez vite selon mes critères.
Je me suis sentie tellement émue lorsque nous avons accompagné Enoch, à la messe dominicale… Lui est hémiplégique, en fauteuil roulant depuis plus d’une dizaine d’années. Ce jour-là, comme depuis quelques mois, Enoch a tenu à parcourir les 400 mètres qui séparent son domicile de la paroisse, avec sa béquille en forme de trépied, en marchant. Nous avons mis du temps pour cette traversée de la rue Marx Dormoy. Enoch est arrivé à l’église et a participé de tout son cœur à la célébration, se levant avec courage à chaque moment important. Après la messe, nous avons déjeuné chez lui, entre amis. Enoch a mis de la musique haïtienne, et a dansé en nous disant qu’il dansait tous les jours désormais… Nous pouvons dire que nous assistons à une véritable résurrection.
Peu après, ma rencontre avec mon père, résident en EHPAD depuis quelques mois et souffrant de troubles neurocognitifs, est toujours impressionnante: malgré ses pathologies si graves et son âge avancé, malgré le fait qu’il ne me reconnaît plus vraiment, c’est bien lui, avec son beau visage, sa grande intelligence, son amusement devant les oiseaux qu’il aperçoit à travers les fenêtres… Tout se joue là, car moi je sais bien qui il est. Bien entendu, notre relation évolue, et se constitue de petites choses, de souvenirs, de sourires.
Dans ce monde, tout nous pousse à accélérer, et autour de nous, tout nous pousse à ralentir. Quel que soit le rythme emprunté, l’essentiel est de nous tenir les uns les autres par nos mains, pour danser, car la vie est mouvement, et l’amour: relation.




