Un p’tit truc en plus
Un p’tit truc en plus
Offrir l'article
L'offre d'article est réservée aux abonnés. Abonnez-vous pour offrir gratuitement des articles à vos proches.
Je m'abonneL’histoire
Pour échapper à la police après avoir commis un braquage dans une bijouterie, un fils et son père en cavale sont contraints de trouver refuge dans une colonie de vacances pour jeunes adultes avec un handicap mental. L’un se fait passer pour un pensionnaire, Sylvain; l’autre, pour son éducateur spécialisé, surnommé Orpi. Très vite, ses camarades comprennent que Sylvain n’est nullement handicapé, mais tous le couvrent auprès des autres éducateurs.
L’avis d’O&L
Réaliser une comédie avec onze acteurs porteurs de handicap et jouer soi-même une personne handicapée mentale, il fallait oser. C’est le pari risqué dans lequel s’est lancé Artus, comédien connu pour son rôle dans la série Le Bureau des Légendes. L’humoriste s’est fait un nom en interprétant dans ses spectacles, depuis quelques années, le rôle de «Sylvain», surnommé «Syl-21», un jeune homme trisomique.
Ici, les onze acteurs porteurs d’un handicap mental crèvent littéralement l’écran. Leur authenticité, leur joie de vivre, leur exigence de vérité et leur regard décalé sur la vie sont pleinement mis en valeur. Entre Arnaud, fan de Dalida – serveur au Café joyeux dans la vraie vie (et réellement fan de Dalida dans la vraie vie), Alexandre, infatigable imitateur de Nicolas Sarkozy qui est par ailleurs journaliste dans l’émission Le Papotin, ou encore Mayane la pin-up… Tous ont une personnalité singulière, captée avec soin par le réalisateur, qui a conçu son scénario autour de chacun d’eux: «J’ai toujours eu envie de montrer ce dont sont capables les personnes porteuses d’un handicap mental, expliquait Artus lors de la promotion de sa création. Elles ont un imaginaire incroyable, une magie, ou une folie, qu’on ne rencontre pas ailleurs. (…) Ce film, c’est une colonie de vacances, avec tous les moments de vie que cela suppose, mais puissance mille parce que l’histoire est portée et jouée par des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma.»
Fasciné par Le huitième jour, sorti en 1996, qui met en scène un jeune acteur trisomique, Artus explique son rapport au handicap: «Petit, j’étais très attiré par la fantaisie des personnes porteuses d’un handicap mental, par leur capacité à se décaler: tu peux être sûr qu’ils t’emmènent ailleurs et ça fait du bien. Nous, on est tellement empêtrés qu’on arrive rarement à dire ‘je t’aime/merci/je suis content d’être avec toi simplement. Alors que c’est de ça dont on a besoin… Eux savent le faire.» L’humoriste évoque aussi son amitié avec un camarade autiste au collège: «Je devais avoir onze ou douze ans quand j’ai rencontré Victor. Il était dans ma classe, il était autiste, passionné de trains, il me faisait marrer… Donc je l’ai invité à mon anniversaire. Sa mère a téléphoné à la maison pour me parler. Elle m’a demandé: «Pourquoi tu veux inviter Victor?». J’ai répondu: «parce que je l’aime bien». Je l’ai sentie très émue et elle a enchaîné: «C’est sûr? Ce n’est pas pour te moquer de lui?». J’ai halluciné: c’était la première fois que Victor était invité à un anniversaire. Moi, ce jour-là, j’ai compris que le handicap pouvait, pour certains, être un problème. Avant, je ne l’imaginais même pas.»
On ne peut douter des bonnes intentions du réalisateur, mais on lui reprochera d’avoir alourdi le film de quelques scènes un peu graveleuses, sans grand intérêt. On pense entre autres aux aventures – cocasses en soi – du «vrai Sylvain», ce jeune pensionnaire trisomique qui devait partir avec la colonie, mais se retrouve embarqué dans des vacances d’étudiants en Espagne. Mais cela n’empêche pas cette joyeuse comédie, tournée dans les splendides paysages d’Auvergne, de porter un message singulier et nécessaire sur le handicap mental et la différence.
Un film d’Artus, sorti en mai 2024.