Témoins

Vie amoureuse et autisme : « Une relation pour moi, c’est du donnant-donnant »

Elena, 23 ans, a une forme d’autisme léger qui abîme la confiance. Comment se projeter alors vers l’inconnu d’une vie amoureuse ? La jeune fille décortique avec une grande maturité les freins pour aller à la rencontre d’autrui, liés à son handicap, mais aussi ses désirs les plus profonds.
Marilyne Chaumont
Publié le   à 15h05
5 min
Vie amoureuse et autisme : « Une relation pour moi, c’est du donnant-donnant »
©M. Chaumont

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« J’aimerais bien un jour être avec quelqu’un, avoir un amoureux. Pour le moment, je ne suis pas prête. C’est difficile de trouver la bonne personne, surtout quand on a tendance, comme moi, à être renfermée et à s’ouvrir difficilement. Tant que je ne vois pas beaucoup de garçons de mon âge, ce sera compliqué. J’ai peu d’amis aujourd’hui. Ma meilleure amie habite loin, et ma seule amie du CAP est partie. J’ai souvent peur qu’on me juge. C’est sans doute pour ça que je m’entends mieux avec les plus jeunes. Quand on a un handicap comme le mien, on se fait tellement regarder, qu’on a l’impression d’être un boulet.

Ma maîtresse de CM2, par exemple, disait à voix haute ma note à tout le monde pour m’humilier. Je ne disais rien, parce que j’avais peur des représailles. A l’époque, j’étais un peu le souffre-douleur. Aujourd’hui encore, je ne sais jamais comment on va m’accepter. Une fois que tu t’es ouverte sur ton handicap, soit la personne en face s’éloigne, soit elle se rapproche. Le mieux ce serait de rester neutre. De parler des sujets de tous les jours, comme avec les autres.

Au collège, je pensais qu’on pouvait s’offrir de l’amour, de l’attention, mais à cet âge ce n’est pas du tout ça. Il n’y a pas la maturité qui va avec. Parce qu’une relation amoureuse pour moi, c’est du donnant-donnant. En fait, je n’ai jamais vécu une vraie expérience. Pour arriver à trouver quelqu’un, il faudrait d’abord que j’habite seule . Si je dis à un garçon que j’habite chez mes parents, ça peut être compliqué. J’ai le projet d’habiter un jour hors de chez eux, mais pas à plus de 45 minutes. On réfléchit à une colocation « valides et handicapés ». Tant que je ne l’ai pas vécu, je ne sais pas comment ça se passera. J’ai quand même certaines peurs, comme la peur très grande du feu.

« J’ai une forme d’autisme léger qui entraîne des difficultés. Plus je grandis, et plus je les perçois. »

Plus tard, si j’ai de l’argent, je voudrais créer un accueil de jour et de nuit pour les SDF qui vivent à la rue. Ils feraient le repas avec moi, je mettrais des machines à laver à disposition, et on serait en lien avec les professionnels pour qu’ils trouvent du travail. J’achèterais de la peinture pour qu’ils personnalisent l’endroit, et qu’ils s’y sentent chez eux. Je pense à eux l’hiver parce qu’ils doivent avoir froid. Savoir pour eux qu’il existe un endroit où ils peuvent être accueillis et écoutés, c’est le plus important.

« Je suis bien dans mon cocon, mais j’ai tellement peur de l’inconnu, du bruit, des gens. Et je suis extrêmement mal à l’aise en groupe. »

Mon handicap fait qu’il y a des choses qui ne sont pas prévisibles dans mon comportement. Par exemple, je peux faire des crises d’angoisse ou de nerf ; parfois je pleure et je ne peux pas parler, ça peut durer trois heures. J’ai une forme d’autisme léger qui entraîne des difficultés. Plus je grandis, et plus je les perçois.

J’aimerais essayer de passer plus de temps dehors. Je suis bien dans mon cocon, mais j’ai tellement peur de l’inconnu, du bruit, des gens. Et je suis extrêmement mal à l’aise en groupe. Quand je vais par exemple à l’aumônerie, je ne mange pas. Je suis trop angoissée. Je n’y arrive pas. Je suis tellement stressée de commettre un impair, que ça m’empêche d’être moi-même. La première fois à l’aumônerie, on devait parler de soi à quelqu’un d’inconnu. C’était horrible, vraiment horrible. J’écoutais les autres me parler, mais je n’arrivais pas à aborder la conversation. Dire bonjour ne suffit pas. A cause de tout ça, ce n’est vraiment pas simple de rencontrer un garçon.

Pour moi, être amoureux, c’est ne plus être seule. C’est avoir quelqu’un sur qui compter, se donner de l’estime, sortir à deux, prendre son temps pour se connaître. Savoir comment on fonctionne, nos envies et nos rêves. J’ai ce qu’il faut, en termes de rêves! Et puis aimer quelqu’un, pour moi c’est sur la durée, sinon on fait perdre à l’autre son temps.

Aujourd’hui, je me sens aimée, mais ça n’est pas assez fort. Mes parents ne peuvent pas tout comprendre. Si j’avais un amoureux, j’aurais peur que l’autre change dans la relation, que je ne le reconnaisse pas au bout d’un moment. Ou que moi aussi, je sois différente. Mais si j’avais un amoureux, ça pourrait me donner plus confiance en moi. Je voudrais avoir confiance, juste ça. »

À lire aussi le dossier spécial sur la vie affective et sexuelle : Avoir une vie affective et sexuelle quand on a un handicap mental

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