Bons Plans

L’habitat « inclusif »

De plus en plus de personnes handicapées aspirent à vivre chez elles en milieu ordinaire, et sans être isolées. Pour répondre à leur demande se développent en France des logements regroupés garantissant une inclusion en zone urbaine et une vie autonome. Petit tour d’ horizon sur l’habitat dit «inclusif».
Caroline de La Goutte
Publié le   à 15h06
8 min
L’habitat « inclusif »

Générez un lien unique pour permettre à quelqu'un de lire cet article gratuitement.

Laissez vide pour générer un lien partageable
Lien généré avec succès !
Ce lien permet d'accéder à l'article sans restriction pendant 30 jours.

« J’habite à Paray-le-Monial depuis quatre mois, à la Demeure des Sources Vives. Je me considère comme « chez moi ». J’ai ma chambre que j’ai aménagée selon mes goûts et une salle de bains personnelle. Même partout dans la maison, je me sens chez moi. Nous sommes sept colocataires, hommes et femmes, tous atteints d’une maladie psychique mais stabilisés et nous partageons une vie commune.

Chaque lundi, nous nous réunissons autour du membre de soutien pour choisir les menus et établir le panneau des services pour la semaine. On s’entraide beaucoup. Ça nous arrive de faire un service à la place d’un autre qui ne va pas bien. Avant d’arriver ici, je vivais chez mes parents, dans la Drôme. Ça ne se passait pas très bien. Je faisais de grosses crises. Depuis longtemps, je cherchais un endroit où habiter sans eux, en particulier un lieu où je pourrais partager une vie communautaire. C’est le cas ici. J’ai le soutien des autres, et leur présence me permet de ne pas être seul et de ne pas plonger dans la dépression ou l’angoisse.

C’est très beau ce que l’on vit ensemble. La plupart du temps, nous sommes joyeux. Mais il arrive que l’un d’entre nous n’aille pas bien. Nous respectons qu’il s’isole un peu. Nous nous pardonnons dans la délicatesse et échangeons sur des sujets qui nous passionnent comme la religion, l’art, la littérature. Certains ont des liens avec l’extérieur. Je profite du sanctuaire et des offices. Je compte faire du théâtre dans une association. En attendant, je prends plaisir à dessiner, peindre et écrire des poèmes. Depuis que je suis ici, j’arrive à rebondir devant les difficultés. Je suis heureux, je pense y rester quelques années… »

Thomas, 34 ans

« Une jolie ambiance »

«J’ai un handicap assez léger, un syndrome cérébelleux. Cela touche la stabilité et le langage. J’ai vécu pendant huit ans dans un petit studio de 15 m2. J’en avais assez, je voulais plus grand. L’Arche m’a proposé un habitat partagé à Villeurbanne. J’ai accepté tout de suite. J’ai un deux pièces de 45 m2 avec un balcon ! C’est très spacieux. Je suis locataire de l’Arche et je paie chaque mois un loyer. Dans cette résidence Mélodia, nous sommes trois personnes avec un handicap plus ou moins lourd à avoir un T2. Deux autres sont réservés à des jeunes pros. Trois familles habitent également dans l’immeuble, dont une avec sa fille polyhandicapée. Et enfin un foyer de l’Arche héberge 8 résidents avec 4 accompagnateurs. Tout ça fait qu’il y a une jolie ambiance !
J’aime les contacts et les échanges. On s’invite les uns chez les autres, et je peux donner un coup de main au foyer. L’ambiance est très fraternelle. Nous fêtons les anniversaires dans la grande pièce commune. Chaque mois, nous nous y réunissons tous pour faire le point sur la vie de l’immeuble.
Une salariée de la Fondation Richard m’accompagne pour la cuisine et pour les papiers administratifs. Je travaille à mi-temps, comme hôte d’accueil dans une boutique Hermès à Lyon. Les transports très accessibles depuis la résidence me permettent d’aller facilement à Handicap international où je suis bénévole en tant qu’archiviste. L’habitat partagé m’a donné un équilibre de vie.»

Emmanuel, 26 ans

« L’habitat inclusif ne s’oppose pas au médico-social »

Thibaud de Dinechin est président de la Maison Pour La Vie. Son association a initié le projet Maison Harmonia-Pascale de Dinechin, à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, qui accueille sept adultes autistes.  Deux autres maisons sont en cours de création.

Pourquoi l’habitat inclusif se développe-t-il de plus en plus en France ?

C’est vrai que des initiatives de ce type voient le jour, mais cela reste encore marginal. La raison principale d’un tel développement réside dans le manque de places dans les établissements médico-sociaux et l’adéquation incertaine entre les besoins et les disponibilités. Par ailleurs, les financements de l’Etat ne sont pas suffisants pour répondre à tous les besoins exprimés. On note que l’habitat partagé est mieux adapté à certains besoins : proximité, petit effectif de locataires, prise en charge spécifique, prise en compte du bénévolat…

Mais il ne faudrait pas opposer les établissements sociaux et médico-sociaux à l’habitat partagé. Ce sont des modes de prise en charge différents, complémentaires et qui ne sont pas en opposition.

Quels sont les points communs entre les différentes sortes d’habitat partagé ?

L’habitat inclusif s’inscrit en dehors de tout dispositif d’orientation sociale ou médico-sociale (foyer de vie, d’hébergement, Fam, Mas, etc.). C’est un lieu de vie où chacun a son logement privatif (cela va de la chambre à un T2), enrichi d’espaces communs pour un partage de vie quotidienne, de solidarité et d’amitié entre les personnes. Les habitants sont locataires de leur habitation ; c’est donc leur résidence principale.

Le « porteur du projet » est en général une structure associative ; elle s’entoure de partenaires qui sont des collectivités locales, des bailleurs sociaux ou privés…

Les habitants bénéficient d’un accompagnement adapté et d’une mise en œuvre d’un projet personnalisé pour chacun. La mise en commun, partielle ou totale, de leurs prestations de compensation du handicap (PCH) permet de financer des aides à domicile qui les accompagnent individuellement, et facilitent progrès et épanouissement des personnes. Concrètement, ici à Maison Harmonia, un SAAD (Service d’Aide à Domicile) a été créé. Il est employeur des aides à domicile spécialisées auprès des personnes autistes.

Maison Harmonia a aussi pour caractéristique d’être le plus ouvert possible vers la ville, afin que les personnes occupent pleinement leur place dans la société et vivent dans un environnement tourné vers l’extérieur. Une équipe de bénévoles formés à l’autisme a pour mission de soutenir les professionnels en établissant des liens d’amitié avec les habitants, de favoriser la communication et de partager un moment de convivialité.

Quels conseils donneriez-vous à des parents qui veulent se lancer dans un projet d’habitat partagé ?

Le travail, l’engagement des initiateurs du projet est très conséquent. Il s’étend sur des années. En avoir conscience est essentiel. Définir précisément le projet, savoir s’entourer de compétences multiples est indispensable : financières, techniques, relationnelles, architecturales, professionnelles… Déterminer si l’on souhaite être gestionnaire est un choix important ; la durée de l’engagement, les compétences à rechercher sont alors autres.

Les besoins sont immenses. Toute initiative ne peut être que bienvenue. Les échecs ne sont pas connus, mais il y en a de nombreux. Les réussites sont si belles, que le travail accompli n’en est que plus admirable.

Propos recueillis par Caroline de La Goutte

À ne pas manquer