Ludivine Forgereau : la pair-aidance au bout des gants
Ludivine Forgereau : la pair-aidance au bout des gants
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Je m'abonneD’une rencontre avec Ludivine Forgereau naît une sensation ambivalente. Il y a cette femme sage, diplômée de philosophie, à la silhouette fluette. Il y a aussi ce sourire enjôleur que balisent deux fossettes exagérément symétriques, et qui lui confèrent un air de première communiante. Selon toute apparence, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Ne pas s’y fier pour autant. Derrière cette juvénilité se cache une pensée hardie et une faculté à combattre sans relâche un fléau : la dépression chronique.
Pour s’en défaire, Ludivine Forgereau use de tous les subterfuges. Le dernier en date, c’est la boxe française. « Mon psychiatre m’a dit que la boxe m’avait fait plus de bien en deux mois que quinze ans de thérapie », plaisante-t-elle. Que ce sport lui aille comme un gant n’a rien d’étonnant. La boxe, c’est la possibilité d’être éjectée dans les cordes. Et un art dans lequel on essaie par tous les moyens d’épuiser son adversaire.
Le syndrome de la porte tournante
Ludivine Forgereau subit les coups de boutoir de la dépression depuis plus de vingt ans. « J’ai poussé les portes d’un cabinet de pédopsychiatrie dès l’âge de 9 ans, pour ma première dépression », se souvient-elle. Depuis, elle enchaîne les face-à-face avec l’institution médicale, et reconnaît même une mise au tapis qui a laissé des traces.
«Entre 2017 et 2022, j’ai contracté lesyndrome de la porte tournante: je ne faisais qu’entrer et sortir des hôpitaux psychiatriques. J’ai passé deux ans et demi de ma vie hospitalisée à temps plein, mais de façon si fractionnée que je ne me souviens plus du nombre d’hospitalisations.»
Ce dont elle se rappelle néanmoins, ce sont ces cinq jours en 2018, sur un matelas à même le sol, dans le couloir des urgences psychiatriques de Lyon, privée de tout, même de lire. « Avant, je passais mon temps à lire. Mais à cause de cet épisode, pendant trois ans, je n’ai pas pu ouvrir un seul bouquin. » Elle s’y remet avec une bande dessinée, « Incroyable ! », de Zabus et Hippolyte. L’histoire d’un garçon de 11 ans, vaillant et lumineux, mais aussi fragile et bourré de TOC. Ça ne s’invente pas.
Une psychiatrie française est trop paternaliste
Cette déshumanisation éprouvée de la psychiatrie pousse Ludivine Forgereau à remonter sur le ring de la santé mentale. « La perte totale de dignité que l’on ressent m’a orienté vers la pair-aidance, soutient-elle. La psychiatrie française est trop paternaliste : le médecin décide pour le malade et se cantonne souvent à la réduction chimique des symptômes, au détriment d’un véritable projet de vie. La pair-aidance, qui consiste à soutenir autant les patients que les professionnels, se fonde sur des rencontres d’égal à égal, avec des espaces de parole libérés de la présence des soignants ».
« Je reconnais le visage du Christ dans toutes les personnes qui sont en souffrance psychique. »
Cette volonté de raffermir le visage anémié de la psychiatrie et de réinjecter l’espoir chez ses pairs psychiatrisés se fait avec le soutien du Christ : « Mon engagement découle aussi de ma foi chrétienne. Je reconnais le visage du Christ dans toutes les personnes qui sont en souffrance psychique. »
Devenue vierge consacrée au printemps dernier, Ludivine Forgereau n’en reste pas moins prudente sur la place de la foi dans le rétablissement. « On ne s’en sort pas uniquement par la prière. Se tourner vers Dieu est important, mais pas suffisant. Il faut avant tout s’en remettre aux soignants qu’Il met sur notre route quand nous en avons besoin. » Et de conclure : « Reste que l’Église se saisit assez peu des questions de santé mentale. Je rêverais que ça change. » La boxeuse a trouvé un nouveau combat à mener.
Biographie :
1996 : Naissance à Lyon
2005 : Premières pensées suicidaires
2018 : Étudie la philosophie à Nanterre
2024 : Décroche son diplôme universitaire de pair-aidance à Tours