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Municipales 2026 : « Il est temps de sortir le handicap du registre de la compassion ! »

À quelques jours des élections municipales, Frank Nataf, président de la Fédésap, condamne les manques de moyens dans le service à la personne dans le handicap. Il appelle les communes et les candidats à se mobiliser.
Guillemette de Préval
Publié le   à 11h06
3 min
Municipales 2026 : « Il est temps de sortir le handicap du registre de la compassion ! »

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En France, plus de 12 millions de personnes vivent avec un handicap. Nombre d’entre elles aspirent à une chose simple, fondamentale : vivre chez elles, dans leur commune, entourées des leurs. Pourtant, faute de services à domicile adaptés, faute de logements accessibles, faute de professionnels formés et soutenus, ce droit reste trop souvent un vœu pieux. Le handicap n’est pas une parenthèse dans une vie. C’est une réalité quotidienne, que vivent les personnes concernées, mais aussi leurs proches, leurs aidants, leur famille. Et c’est, trop souvent, une réalité que nos politiques publiques traitent à la marge ; comme un « cas particulier », un dossier spécialisé, une compétence renvoyée vers l’État ou le département.

Une erreur politique et humaine

Car c’est bien à l’échelle de la commune que se joue l’essentiel : la capacité à sortir de chez soi, à accéder aux commerces et aux soins, à trouver un auxiliaire de vie fiable, à ne pas s’isoler. Ce sont les trottoirs, les transports, les places de stationnement réservées. Ce sont les assistants de vie qui peuvent se garer, se loger, se déplacer. Ce sont les CCAS qui soutiennent. Une personne en situation de handicap, c’est aussi une famille entière qui tient (ou qui lâche).

Derrière chaque personne en situation de handicap, il y a souvent un aidant (un conjoint, un parent, un enfant) qui jongle entre le travail, les rendez-vous médicaux, les démarches administratives et l’accompagnement quotidien. Ces aidants s’épuisent. Ils renoncent à des emplois. Ils s’isolent à leur tour. Et quand un service à domicile compétent et stable est là, tout change : la personne aidée gagne en autonomie, et l’aidant respire. C’est pourquoi, à la Fédésap, nous refusons de séparer la question du handicap de celle des services à la personne. Ces deux réalités sont liées. Elles appellent une même réponse : un ancrage territorial fort, des professionnels reconnus et bien soutenus, et une volonté politique claire au niveau communal.

« Une commune qui s’engage pour le handicap, c’est une commune qui dit à ses habitants : vous comptez, vous avez votre place ici. »

Changer des vies

Il est temps de sortir le handicap du registre de la compassion pour le placer dans celui des droits et de l’économie. Soutenir les services à la personne dans le champ du handicap, ce n’est pas une dépense. C’est un investissement dans des emplois locaux non délocalisables, dans la résilience des familles, dans l’attractivité du territoire. Une commune qui s’engage pour le handicap, c’est une commune qui dit à ses habitants : vous comptez. Vous avez votre place ici. Nous allons tout faire pour que vous puissiez y vivre pleinement. C’est cela, le sens profond de notre manifeste. Ce n’est pas un catalogue de mesures techniques. C’est une vision de ce que devrait être une commune en 2026 : un territoire où personne n’est laissé au bord du chemin, où les professionnels qui prennent soin des autres sont respectés et soutenus, et où le fait d’avoir un handicap ne vous condamne pas à l’isolement.

Aux candidats aux élections municipales de 2026, je dis ceci : vous avez le pouvoir de changer des vies. Pas dans dix ans. Dès votre premier conseil municipal. Signez notre charte. Reprenez ces engagements dans votre programme. Et montrez à vos concitoyens
— à tous vos concitoyens — que leur commune prend soin d’eux.

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