À Rennes, une crèche inclusive qui biberonne à la différence

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À Rennes, une crèche inclusive qui biberonne à la différence

Créée à Rennes début 2023, la micro-crèche Les Tournesols est la première structure en France qui se donne pour principe d’employer des salariés porteurs d’un handicap. Ici, l’inclusion se vit concrètement auprès des jeunes enfants.
Guillemette de Préval
Publié le   à 14h47
6 min
À Rennes, une crèche inclusive qui biberonne à la différence

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Le pied à peine posé dans la salle de jeux de cette micro-crèche fraîchement ouverte, et l’on est scruté par plusieurs petits curieux qui s’approchent. Comme dans n’importe quelle garderie, ça babille, ça joue, ça pleure et rit aussi. Mais ce n’est pas dans toutes les structures que le personnel embauché est, pour moitié, porteur d’un handicap.

L’idée a jailli il y a quelques années dans la tête de Charlotte Darcy, la fondatrice. Cette femme brune élancée a travaillé dix ans dans un groupe de crèches à Paris. « Je gérais une centaine d’établissements en Île-de-France, j’y ai tout appris », raconte-t-elle avec enthousiasme, depuis son bureau, un café fumant entre les mains. Accoutumée au handicap depuis ses premiers pas de bénévole en 2014 pour À bras ouverts – association qui permet à des personnes handicapées et à de jeunes professionnels ou étudiants de partir en séjour -, elle a le déclic au cours d’un week-end. « Une famille non concernée par le handicap nous accompagnait alors, se remémore la jeune femme de 36ans. J’ai été saisie par le naturel et la confiance avec lesquels les enfants et leurs parents vivaient la situation. Pourtant, les jeunes handicapés avec nous avaient des troubles assez lourds. C’était mouvementé, ça criait parfois… Mais les interactions entre les jeunes et les enfants de cette famille étaient fluides. Je ne pensais pas que c’était possible. C’était génial. »

L’intuition va germer en elle. Mais il n’est pas question de faire les choses à moitié. Pour Charlotte Darcy, le projet doit vraiment se concevoir « autour » des salariés handicapés. « Dans la précédente crèche où je travaillais, explique-t-elle, il y avait eu des tentatives d’intégration d’une personne handicapée. Je me souviens d’une femme malentendante. Mais tout le monde n’avait pas été mis au courant de sa surdité. Rien n’avait réellement été préparé pour l’accompagner, et ça n’a pas abouti ». En 2022, l’entrepreneuse choisit de quitter la capitale pour s’installer à Rennes et concrétiser son idée. Une première micro-crèche naît en février 2023, une deuxième, en septembre de la même année et une troisième devrait ouvrir ses portes au mois de novembre.

Tout s’apprend pas à pas

Pour l’heure, six salariées avec un handicap ont été embauchées en CDI. Parmi elles, il y a Héloïse. Dans la salle dédiée aux activités de la crèche, cette jeune femme de 33 ans s’occupe attentivement de trois petits, âgés de quelques mois à peine. Cheveux frisés aux reflets roux, la salariée rennaise a été engagée il y a dix mois. « Ici, je me sens à ma place », expose celle qui avait déjà travaillé dans le secteur de la petite enfance, mais avec un management qui ne lui convenait pas. Le regard doux et le sourire constant aux lèvres, Héloïse poursuit : « Mon handicap est invisible. Je suis notamment très sujette au stress. J’ai besoin d’un cadre de confiance. J’ai été très bien écoutée par la direction qui, au début, ne m’a pas confié les ouvertures et les fermetures de la crèche qui sont des moments plus intenses. »

Depuis, la jeune femme à la voix ténue a pris ses marques. « Un jour, on a senti qu’elle était capable de gérer les ouvertures et fermetures. Elle prend de plus en plus de responsabilités », se réjouit la fondatrice. Chaque recrutement demande beaucoup de souplesse. Pour preuve, une des salariées, Claire, atteinte de trisomie, travaille seulement deux matinées par semaine. Une fois l’embauche réalisée, tout s’apprend pas à pas, avec son lot de découvertes.

Comme cette autre salariée, multi-dys, qui a révélé son incapacité à connaître la nature d’un aliment une fois transformé, coupé ou mixé. « Impossible pour elle de faire la différence entre du poulet et du poisson coupé, ou une purée de courgette et d’épinards ! », illustre Charlotte Darcy. Depuis, un tableau avec les menus quotidiens trône à l’entrée de la pièce. « Nous essayons de faire du sur-mesure en fonction des capacités de chacun des employés, poursuit la responsable, qui se bat avec les démarches administratives de la MDPH. « Si je n’avais pas fait cette rencontre personnelle avec le handicap, qui m’anime profondément, j’aurais jeté l’éponge, cela demande beaucoup d’énergie ! », souffle-t-elle, rieuse. Dernièrement, elle s’est inscrite pour passer le CAP petite enfance en même temps que Louise, salariée de 24 ans avec des troubles autistiques légers, « pour la soutenir et comprendre les attendus du diplôme ».

« Ici, les salariées viennent toutes avec le sourire, elles arrivent en avance, elles ont vraiment envie d’être là !  »

Au fil de ces combats quotidiens, les bénéfices sont d’ores et déjà visibles. « Je n’étais pas familière du handicap, raconte Christine Gousset, la cinquantaine, coordinatrice des crèches et bras droit de la directrice. Ici, les salariées viennent toutes avec le sourire, elles arrivent en avance, elles ont vraiment envie d’être là ! »

Les parents sont fans

Du côté des parents aussi, le projet attire. « Avec ma compagne, on a visité cette crèche car elle était proche de nos boulots respectifs, mais sans connaître son projet d’inclusion au départ, raconte François Deschamps, venu au printemps 2023 inscrire son fils Charles, âgé de 8 mois à l’époque. Ça a été une belle surprise ! » « Tout est transparent. Ets’inscrivant, les parents savent quel est le cœur de notre projet », garantit Charlotte Darcy qui sent bien, de la part des enfants, « quelques regards étonnés », en faisant allusion aux handicaps qui se voient physiquement. « Puis, très vite, cela devient normal pour eux. »

Si la famille Deschamps a quitté la crèche « à regret » à cause d’un déménagement, le père, infirmier en psychiatrie sensibilisé au handicap, se souvient que « Charles avait vite accroché avec Claire, salariée trisomique. Elle était très bienveillante. Ce projet constitue une vraie richesse pour l’éveil de nos enfants ».

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