Bons Plans

Des cafés pour la rencontre

Passer un moment convivial et chaleureux autour d’un grand verre ou d’un petit café permet aux personnes handicapées, comme aux aidants, de se rencontrer et de créer du lien social.
Caroline de La Goutte
Publié le   à 11h00
6 min
Des cafés pour la rencontre

Générez un lien unique pour permettre à quelqu'un de lire cet article gratuitement.

Laissez vide pour générer un lien partageable
Lien généré avec succès !
Ce lien permet d'accéder à l'article sans restriction pendant 30 jours.

« C’est mon rendez-vous du samedi matin »

« J’ai découvert le café Fratelli* par hasard, en passant devant l’église de mon quartier, juste après un confinement. Je m’y suis arrêtée pour discuter avec des paroissiens que je connaissais, et depuis, j’y retourne chaque fois, – même si aujourd’hui j’ai changé de quartier. C’est mon rendez-vous du samedi matin. Ça me permet d’avoir des liens sociaux autres que ceux de mon école et de mon foyer. Je suis sous curatelle et mon handicap est invisible : j’ai des troubles psychiques et d’attachement. Mes parents sont décédés et je n’ai plus de contact avec ma famille. C’est d’autant plus important pour moi de voir du monde. Autrement je serais tentée de rester enfermée dans ma chambre. Le café Fratelli me fait du bien. Ici, il n’y a aucun jugement : je peux être moi-même. Je discute et ça m’apporte du bonheur. »

Sandra

* Tous les samedi matin, une équipe de six à huit personnes propose un « p’tit café » sur le parvis de la paroisse de Saint-Lambert, à Paris. L’accueil est inconditionnel et répond au besoin de briser l’isolement de nombreuses personnes.



« Le café me permet de déverser mes émotions sans jugement »

« Ma mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer. J’habite, en Bretagne, à 150 km de mes parents. C’est compliqué de gérer la maladie à distance. Avec mon père, dont la fatigue s’accentue, nous avons mis en place des aides pour retarder le placement en Ehpad. Maman va tous les jeudis dans un hôpital de jour participer à des ateliers (gymnastique, travail sur la mémoire, activités manuelles). Ainsi mon père peut avoir une journée de repos. J’ai un frère dans le sud de la France mais il est aux «abonnés absents »…

Depuis septembre, je pose une demi-journée par mois pour me rendre au Café des Aidants organisé par le Clic (centre local d’information et de coordination gérontologique) du pays de Landerneau-Daoulas. Il a la particularité d’être itinérant, sur deux communes. Nous disposons d’une salle prêtée par la mairie ou d’un espace chaleureux dans une épicerie bio. Le Café me permet de déverser mes émotions sans jugement. Ça me fait un bien fou. Nous sommes plusieurs aidants concernés par une maladie dégénérative. C’est tellement réconfortant d’être avec des personnes qui savent de quoi elles parlent. Nous abordons, en présence d’une psychologue et d’une assistance sociale, un thème différent à chaque fois : « Et moi dans tout ça?», « Qu’est-ce qui a changé dans ma vie depuis que je suis aidant? », «Comment annoncer la maladie à son entourage?»…

Séverine



Le trait d’union

Ouvert en juin dernier, le café associatif Trait d’Union situé à Bernay dans l’Eure est un espace foisonnant d’activités, prêté par la mairie. Convivial, il laisse une belle part au partage et à l’entraide. Toutes les générations se côtoient, sans oublier les personnes en situation de handicap.

Situé dans les anciens locaux d’une école du centre-ville, le café Le Trait d’Union a pour vocation de renforcer les liens entre Bernayens. L’idée est venue de quelques trentenaires, récemment installés à Bernay, et désireux d’animer un peu la ville. Ces derniers sont allés consulter diverses associations locales avant de se lancer. Le café associatif est un lieu festif et convivial, où l’on se retrouve autour d’un café ou d’un verre. Animé uniquement par des bénévoles, le comptoir accueille les consommateurs tous les jours – sauf le mardi et le dimanche, de 12h à 21h. Sont vendues boissons fraîches et chaudes sans alcool, planches à partager, pâtisseries faites maison. Ce n’est pas tout. De nombreuses activités sont programmées grâce aux associations partenaires et aux bonnes volontés pour favoriser la rencontre et les échanges : conférences, spectacles, ateliers manuels, aides au devoir, groupes de parole, café philo…

La place des personnes avec un handicap est loin d’être négligée dans le projet. Des membres du CA concernés par le handicap se soucient de leur intégration au sein du café. Ainsi, tous les jeudis après-midi, le comptoir est tenu par des patients et les infirmières du CATTP, centre de jour pour personnes avec un handicap psychique, dans le cadre d’une activité de soins. Une éducatrice spécialisée tient une permanence handicap une fois par mois pour répondre aux questions des aidants familiaux. Une personne porteuse d’un handicap mental, travaillant en Esat, anime régulièrement un atelier tricotin ouvert à tous. Chacun peut y trouver sa place et être un trait d’union entre tous.

Pour aller plus loin, lire O&L n° 252 (mars, avril 2023)

À ne pas manquer