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La sensibilisation au handicap

Aujourd’hui encore le handicap fait peur et véhicule des idées reçues. Il existe des actions de sensibilisation pour changer de regard et de comportement au sein des entreprises, comme à l’école ou en famille.
Caroline de La Goutte
Publié le   à 13h11
6 min
La sensibilisation au handicap
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«Je suis chef de projet diversité dans une entreprise de logistique qui est très engagée sur le sujet du handicap. Ma mission est de faire vivre cet engagement sur nos différents sites, à travers des personnes relais, qui vont avoir un rôle majeur dans la sensibilisation. Ce sont les interlocuteurs privilégiés de toutes les personnes qui pourraient se poser des questions, sur le handicap dans l’entreprise, sur ce que signifie être handicapé, sur l’enjeu d’être reconnu travailleur handicapé… Ils font en sorte que le handicap ne soit plus un sujet tabou. Ces relais sont des personnes volontaires de l’entreprise. On lance un appel à candidature sur chaque site. La seule chose qu’on demande, c’est qu’elles aient cette sensibilité au sujet, qu’elles soient directement concernées ou non. Ce sont des profils très variés, avec tout type de fonction dans l’entreprise, ce qui rend les choses très riches ; Ces relais portent des actions de sensibilisation lors de la semaine annuelle du handicap, mais aussi tout au long de l’année, avec par exemple des événements en lien avec des acteurs locaux…

On fait aussi témoigner des collaborateurs en situation de handicap dans notre magazine d’entreprise : c’est souvent ce qui est le plus percutant, parce que c’est concret pour chacun, à rebours des clichés. Enfin, dans notre société, il y a une filiale qui est une entreprise adaptée ; c’est aussi une façon de sensibiliser le reste de l’entreprise.»

Claire, chef de projet


Cabinets de conseil et de communication


« J’ai demandé à une personne handicapée de témoigner dans ma classe de CP »

«J’ai chaque année dans ma classe de CP un ou deux enfants porteurs d’un handicap. Les élèves peuvent être curieux et s’interroger lorsqu’un camarade aux traits autistiques pousse des cris, par exemple. Mais ils s’habituent très vite à vivre et à apprendre ensemble, dans la gentillesse et l’entraide. à cet âge, il y a encore peu de moqueries, de préjugés. Je leur lis régulièrement un livre jeunesse sur la différence, et plus particulièrement sur le handicap, comme par exemple, Le lapin à roulettes, de Grégoire Solotareff, suivi d’un temps d’échange et de compréhension. à l’occasion de la Nuit du handicap en juin, j’informe et encourage les parents à s’y rendre, accompagnés de leurs enfants ; beaucoup d’activités de sensibilisation sont adaptées à leur âge et c’est l’occasion de faire de belles rencontres. En amont de l’événement, un proche d’une personne handicapée vient témoigner dans la classe. Les enfants, avec leur naturel, posent des questions très pratiques sur la vie quotidienne des personnes fragilisées par un handicap et de manière directe sans filtre et sans jugement moral ! Certains confient le handicap ou la fragilité d’un parent, d’un frère, d’une sœur, d’un grand-parent.»

Hugo, instituteur à Boulogne-Billancourt


L’OCH : la Fondation se rend disponible pour venir témoigner dans les écoles. [email protected]
À Lourdes, l’équipe propose aux hospitaliers une sensibilisation sur l’accompagnement d’une personne handicapée.


« Il y a encore beaucoup de stéréotypes »

Jean-Baptiste Hibon est psychosociologue, formateur en entreprise, initiateur du congrès Nouvelle ère.

La société progresse-t-elle dans la sensibilisation au handicap ?

La première loi sur le handicap en entreprise remonte à 1924. Elle imposait aux entreprises la réintégration des gueules cassées de la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, presque cent ans plus tard, il faut encore « changer de regard » ! C’est bien, mais je pense que le problème est ailleurs. Il nous faut comprendre que le handicap est un révélateur de nos fragilités, un amplificateur et un catalyseur. Soit on refuse de regarder nos fragilités et c’est la fuite en avant, soit on les regarde de trop près, et elles risquent de nous empêcher de vivre et d’avancer. La meilleure attitude est de les regarder en face et de faire avec, pour nous améliorer et devenir meilleur. C’est pareil avec le handicap. Toute ma pédagogie en formation consiste à aider les managers à dépasser la réalité «problème » pour découvrir la réalité « opportunité ».

Quels préjugés persistent ?

Il y a beaucoup de stéréotypes comme « le travailleur handicapé est trop lent, il va profiter de son handicap ». Il faut aider les managers à dépasser ces préjugés pour regarder le handicap différemment, leur démontrer qu’un collaborateur handicapé peut être performant dans la mesure où au sein de l’équipe, on lui permet d’exprimer ses talents, avec des compensations évidemment. Les politiques handicap dans les entreprises doivent devenir un moteur, une dynamique dans la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Au lieu d’être la cinquième roue du carrosse, le handicap devrait être le cheval qui tire tout le monde vers le haut et non vers le bas.

Quels sont les meilleurs vecteurs de sensibilisation ?

Le témoignage n’est pas le meilleur. Entendre la vie des autres me touche émotionnellement, mais au final, qu’est-ce que cela change dans ma vie ? C’est un peu pareil avec les ateliers où les participants se mettent dans la peau d’une personne handicapée (le parcours en fauteuil roulant, avec les yeux bandés…). Je refuse ces approches qui restent dans le handicap « problème ». Je me mets dans la peau d’une personne handicapée pendant cinq minutes et après, je reprends ma vie comme avant. Qu’est-ce que j’ai appris de moi-même ? Pas grand-chose !

Il me semble que les meilleurs vecteurs sont les jeux de rôle et surtout le théâtre. Jouer à trois une situation énoncée par un membre du groupe : le retour d’un congé maladie, l’accueil d’un nouveau collaborateur handicapé… Et on change les rôles. Quand je joue un rôle, je reste moi-même et je réagis avec les émotions qui peuvent m’habiter. Je cherche à m’améliorer.

J’ai aussi invité des collégiens à peindre sur un mur ce que serait pour eux une société inclusive. Aux lycéens, je propose de réfléchir à une charte inclusive. C’est le travail que l’on peut faire ensemble qui contribue au changement de regard et pas autre chose.

A compléter en lisant OL n°250 (nov-déc 2022).

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