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Jasmina Mallet, psychiatre : « Les signes avant-coureurs de la schizophrénie doivent alerter »

Psychiatre, enseignante et chercheuse, Jasmina Mallet énonce ce qu’est la schizophrénie, à rebours de certaines idées préconçues. Elle insiste sur l’importance de se former pour les familles et ouvre des perspectives nouvelles.
Christel Quaix
Publié le   à 13h50
4 min
Jasmina Mallet, psychiatre : « Les signes avant-coureurs de la schizophrénie doivent alerter »

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Qu’est-ce que la schizophrénie ?

D’abord, il est important de dire ce qu’elle n’est pas. La schizophrénie n’est pas un dédoublement de la personnalité, contrairement à ce que beaucoup pensent. C’est un trouble psychiatrique chronique, qui altère la perception du réel, la pensée et le comportement. Elle est caractérisée par des symptômes positifs – hallucinations, idées délirantes… -, des symptômes négatifs -repli social, perte de motivation, abrasement des émotions…- et des symptômes de désorganisation -perte d’adéquation entre les pensées, les émotions et le comportement. Pour établir un diagnostic de schizophrénie, il faut que la personne présente deux de ces trois symptômes et qu’ils aient des répercussions négatives sur sa vie durant au moins six mois. Il n’y a pas une, mais plusieurs schizophrénies, avec plus d’une centaine de gènes impliqués.

Quelle en est l’origine ?

Une fragilité chez la personne interagit avec l’environnement et entraîne la maladie. La consommation de drogues, comme le cannabis, est parfois un déclencheur. Les troubles peuvent apparaître ensuite très vite. C’est tellement dommage de ne pas le savoir, car cela éviterait l’apparition de la maladie dans de nombreux cas. Un jointde cannabis est trente fois plus dosé aujourd’hui que dans les années 1970. D’autres facteurs ont été identifiés comme le fait de grandir en ville, le vécu d’un traumatisme ou encore le stress. Tout ce qui peut perturber le cerveau à l’adolescence est à risque. Avoir un parent ou un membre de sa fratrie augmente le risque, mais on hérite d’une vulnérabilité, pas de la maladie. La majorité des patientsschizophrènes n’a pas d’antécédents familiaux.

Qu’est-ce qui doit alerter?

Il convient d’être attentif aux signes avant-coureurs : difficultés sociales, idées bizarres, isolement, changement brutal des habitudes. Le TDAH (trouble du développement avec ou sans hyperactivité) peut être un symptôme précurseur à surveiller. La schizophrénie ressemble à la dépression. Pour établir le bon diagnostic, il faut faire confiance au jeune et écouter ce qu’il dit, par exemple : « j’ai l’impression d’entendre des voix ». Aujourd’hui, on n’est pas assez dans la prévention, et on craint parfois d’emmener la personne consulter aux premiers symptômes. Souvent, on se rend à l’hôpital dans l’urgence, au moment d’une crise et là, de gros moyens doivent être pris, qui auraient pu être évités.

Comment soigner la schizophrénie?

Au traitement pharmacologique se combinent psychothérapie et accompagnement social. L’objectif est d’améliorer la qualité de vie de la personne et de favoriser son insertion dans la société. Il est important que la personne concernée ait les mêmes connaissances, le même vocabulaire que le médecin. Insister sur la prise régulière du traitement, travailler sur l’hygiène de vie, apprendre à la personne à vivre avec des voix pour diminuer leur retentissement, proposer un traitement par injection, pratiquer la sismothérapie (une stimulation électrique du cerveau sous anesthésie générale) : il y a en fait beaucoup de choses à faire, et il faut garder espoir.

Que recommandez-vous aux familles ?

Ne restez pas seules! Aujourd’hui, de nombreuses associations peuvent vous aider. L’éducation thérapeutique aux familles diminue le risque de rechute chez la personne concernée. Les proches ont une place centrale dans la gestion des crises. Se former est pour eux une nécessité, afin d’éviter les incompréhensions. Il faut essayer de comprendre ce que l’autre ressent, ne pas contester ce qu’il dit, être dans la désescalade et non dans l’opposition.

Où en est la recherche ?

Pendant longtemps, on a mis tous les patients porteurs de troubles schizophréniques ensemble. Aujourd’hui, on fait de la psychiatrie de précision, et on gère mieux les traitements individualisés. Dans quinze ans, deux personnes qui reçoivent aujourd’hui le même diagnostic auront un diagnostic différent. L’implication du microbiote intestinal est une piste étudiée prometteuse. De nouveaux médicaments avec moins d’effets secondaires voient le jour.On a découvert que les traitements qui fonctionnaient dans l’autisme marchaient aussi pour la schizophrénie. Les recherches des dernières années sont porteuses d’espoir.

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