Chroniques Points de vue

À un cheveu près

Sophie Lutz
Publié le   à 13h18
3 min
À un cheveu près

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J’arrête de couper moi-même les cheveux de Philippine. C’est peut-être un détail pour vous… Mais la coupe de Philippine, c’était un moment privilégié. Quand on lui touche la tête, les cheveux, elle se calme, elle ronronne presque. Mais j’avais besoin de déléguer quelque chose, ce qui n’empêchera pas de continuer à lui faire plaisir en lui massant le cuir chevelu.

C’est en lui coupant les cheveux, il y a des années, que j’ai rattrapé une situation qui aurait pu mal tourner. Je trouve alors ses cheveux si fins sous les ciseaux que je soupçonne quelque chose. Un bilan révèle en effet une grosse carence en fer.

Le médecin cherche une éventuelle hémorragie et décide une fibroscopie pour vérifier l’état de son estomac. J’assiste à l’examen pendant lequel le médecin découvre une masse que Philippine a ingérée et qu’elle n’arrive pas à identifier. Nous sommes perplexes devant l’image.

Une nouvelle séance sous anesthésie est planifiée pour extraire “la chose”. Qui se révèle être un gant fin en latex ! Après une enquête dans son établissement, une soignante se souvient ne pas avoir retrouvé, des mois auparavant, son gant, oublié sur la tablette de Philippine. Elle n’imaginait pas où il avait pu finir ! La soignante ainsi que la directrice montrèrent une grande préoccupation devant cette « négligence »et les conséquences plus terribles qu’elle aurait pu avoir.

Nous avons toujours pensé que ce problème aurait pu avoir lieu chez nous, avec d’autres objets, et n’en avons pas voulu à des professionnels qui ont gardé toute notre confiance, largement méritée. Cette histoire a certainement contribué à renforcer la vigilance.

Cela fait partie des aventures rocambolesques de Philippine. Et d’un exploit qu’il faut lui reconnaître. Qui se sent capable d’avaler un gant en latex ?

Cette fois-là, j’ai béni ma tendance, si agaçante parfois, à… couper les cheveux en quatre, et à me fixer sur des micro-détails. La vie avec nos enfants handicapés est remplie de ces intuitions qui méritent attention. Avec la crainte, souvent, d’être considérées comme des mères inquiètes, surprotectrices, ce que nous sommes aussi. Les bons soignants sont ceux qui, tout en ne plongeant pas dans mes émotions et observations chaotiques, savent écouter, me prendre au sérieux et faire le tri. J’ai besoin d’eux précisément pour cela.

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