« Caravane » : un road-movie troublant et délicat d’une mère avec son fils trisomique
Dans le monde du cinéma d’auteur, Zuzana Kirchnerová s’est déjà fait un nom. En 2009, la réalisatrice tchèque a reçu au Festival de Cannes le premier prix de la Cinéfondation pour «Bába», court-métrage sur une fille de 17 ans contrainte de s’occuper de sa grand-mère malade. Un film sur la dépendance certes, mais avant tout sur les femmes.
La condition des femmes est un sujet de société qui lui est cher, puisqu’en 2025, elle entame de nouveau la montée des marches du Palais des Festivals avec un nouveau film sous le bras : « Caravane ». Présenté dans la section Un Certain Regard, ce long-métrage, tiré de son expérience personnelle, raconte le road-trip d’Ester, mère de David, porteur d’une trisomie 21.
En vacances chez des amis, Ester, d’abord gênée par les crises de son fils, puis abasourdie par la réaction condescendante de ses hôtes face à son handicap, s’empare de leur caravane -qui ressemble davantage à un camping-car-, et file avec son fils sur les routes sinueuses du sud de l’Italie. Pour pimenter leur aventure, Ester et David accueillent Zuza. Pétulante et hédoniste, elle insuffle un vent vibrant de liberté chez Ester et David, et devient rapidement la pierre angulaire de ce trio aussi attachant que mal assorti.
Attachant, le film l’est tout autant. Il suinte de ce film une inextricable sensation de chaleur et de réconfortque l’on doit à ce trio au jeu impeccable. La sincérité -la réalisatrice, elle-même mère d’un fils trisomique, connaît le sujet- et la sororité qui en découlent, donnent envie d’emprunter les chemins de la campagne calabraise avec ces femmes à la fois dures et fragiles. Parce qu’il s’agit de cela avant tout: d’un film de femmes qui se serrent les coudes face à la rugosité et l’inconsistance masculine -les hommes étant ici davantage préoccupés par les seuls plaisirs de la chair.
Caravane fait la part belle au combat d’une mère épuisée par la vie, acculée par la brutalité d’un enfant qu’elle peine à raisonner. À tel point que le film en oublie parfois le handicap d’un fils mutique et hermétique, réduit à ses crises sévères et aux marques de coups qu’il laisse sur le corps de sa mère.
Même s’il est de taille, il s’agit là du seul bémol de ce film à la mise en scène délicate, presque onirique, où la caméra se rapproche au plus près des corps et de la chaleur accablante du soleil.
Cette épopée est touchante, bien sûr, délicate aussi, et finalement solaire.
- Caravane de Zuzana Kirchnerová
- Sélection Officielle 2025 – Un Certain Regard
- Tchéquie, Slovaquie, Italie
- Durée : 1h42
- Sortie le 22 avril 2O26